Hugo Chavez et Victor Hugo, unis autour des Misérables

Nicolas Gary - 08.03.2013

Edition - International - Hugo Chavez - Victor Hugo - Les Misérables


La mort du président vénézuélien, et son embaumement, ont entraîné un mouvement populaire d'hommages venant des citoyens. Ce dont on se souviendra, entre autres choses, c'est que le président était un lecteur avide. « Lire, lire, lire. Cela devrait être notre slogan de tous les jours », avait-il affirmé dans un discours prononcé en 2009. Et certaines de ses positions politiques, les influences littéraires sont manifestes.

 

 

hugo x noam

find eric, (CC BY SA 2.0)

 

 

Chavez avait une relation sincère à la littérature, et son premier émoi politique lui est venu d'une lecture. Son adoption tardive du socialisme, avait-il reconnu, lui était venue de la lecture du livre de Victor Hugo, Les Misérables. Un ouvrage qui n'a pas une vocation profondément marxiste, mais qui montre bien les préoccupations sociales et économiques du romancier, vis-à-vis des opprimés et des pauvres gens. D'autant plus que la France de cette époque avait quelque chose d'assez commun avec le Venezuela de Chavez.. Aujourd'hui encore, le mythe hugolien des Misérables reste profondément ancré dans la pensée latino-américaine.

 

Les Misérables étaient devenus un mot d'ordre dans la vie du dirigeant, et il ne manquait pas d'établir des parallèles. « Tu veux rencontrer Jean Valjean ? Va en Amérique latine. Il y a beaucoup de Valjean en Amérique latine. Beaucoup. J'en connais quelques-uns. Vous voulez rencontrer Fantine ? Il y en a aussi beaucoup en Amérique latine. Et en Afrique aussi. Vous voulez connaître la petite Cosette, et tous les autres ? Ils se retrouvent tous en Amérique latine. » Cet extrait d'un discours de 2005, servira d'exemple éloquent. 

 

Reste à savoir combien d'écoles Chavez a ouvert, pour fermer autant de prisons, comme le disait Hugo. 

 

Favoriser la lecture, maladroitement ?

 

Chavez, c'est aussi l'homme qui avait offert un livre à un autre président lecteur : Barack Obama. En célébrant le livre de Noam Chomsky, Hégémonie ou survie, le titre était devenu un best-seller durant l'année 2006. Puis en 2009, voilà qu'il offre à Obama le livre d'Eduardo Galeano, Les veines ouvertes de l'Amérique latine. Et de nouveau, le livre devient un succès fantastique - le symbole est d'ailleurs particulièrement fort. 

 

Cette même année 2009, Chavez avait organisé le Plan de lecture révolutionnaire, que l'opposition avait dénoncée comme une politique d'endoctrinement, en regard des titres présentés dans la liste de lecture. Et qui devaient être gratuitement distribués dans tous les pays. Un manifeste du parti communiste, le Don Quichotte, les Discours de Chavez.... mais également Allan Poe ou Oscar Wilde. 

 

Un héritage littéraire et politique, que lègue Chavez à son pays, dont les funérailles se dérouleront aujourd'hui. Car s'il revendiquait la lecture de Victor Hugo, Chavez avait également été conquis par le socialisme après avoir écouté les discours de Fidel Castro, avec lequel il devait écrire un livre. 

 

Surtout que les escadrons du livre, qui patrouillaient les zones publiques, pour encourager les Vénézuéliens à lire, avaient quelque chose de contradictoire, dans la forme. Et plusieurs observateurs n'ont pas manqué de rapprocher cette attitude du livre de George Orwell, dans 1984. « Chaque escadron portait une couleur différente pour identifier leur type de livre. Par exemple, l'équipe rouge favorisait les biographies, alors que la noire discutait de la résistance militante. » 

 

L'importation de livres, d'ailleurs, était devenue particulièrement compliquée durant cette année 2009. Pour justifier d'une importation de livres au Venezuela, on doit prouver que l'ouvrage n'est pas produit en nombre suffisant ou, comme c'est le cas chez les Australiens, qu'il n'est pas édité par une maison locale. Le bilan de cette mesure prise en mars 2008 fut catastrophique : la présidente de la Chambre vénézuélienne du livre, Yolanda Fernandez, estimait que 400 PME du secteur de l'édition lesquelles font travailler environ 35.000 personnes, étaient menacées.

 

De fait, les éditeurs sont littéralement entravés dans la tentative d'acheter les droits pour des auteurs étrangers, de même que pour l'impression simplement des livres. Les ventes s'en ressentent diablement : ainsi, pour le best-seller The Secret, dont on pouvait s'attendre à quelques dizaines de milliers de ventes, n'aura pour l'heure réussi qu'à atteindre quelques... milliers. De même, certaines librairies ont vu leur stock diminuer de plus de moitié, ce qui limite tout à la fois les capacités de vente et d'achat, évidemment.

 

Et à ce titre, il faut se souvenir que pour ses écrits, Victor Hugo avait connu l'exil, frappé par le pouvoir dictatorial de Napoléon III, le Petit. Un exil politique dont Chavez n'a jamais fait état - mais peut-être n'avait-il pas lu les poèmes d'Hugo. 

 

La révolution Chavez sera probablement poursuivie par son successeur désigné, le vice-président Nicolás Maduro, oint par Chavez lui-même.

 

Que restera-t-il des livres ? Cela reste à découvrir.