Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Humaniser les marques, parce que les lecteurs sont empathes

Nicolas Gary - 16.07.2014

Edition - International - marque personnalité - lecture livres - empathie lecteurs


Rappelons-nous bien des faits : prendre un rencard avec un/une bibliothécaire peut avoir plusieurs avantages, mais aussi quelques inconvénients. Cependant, il est attesté, scientifiquement, que les gens qui lisent beaucoup sont nécessairement des gens passionnants.  

 

 

Un lecteur, empathique...

 

 

Au cours des années passées, plusieurs études ont démontré que les grands lecteurs étaient des personnes plus capables d'empathie et de sensibilité. En matière de psychologie cognitive, on s'accorde pour reconnaître les vertus de la lecture, en ce qu'elle immerge dans des mondes, fait rencontrer des personnalités. Les livres, la fiction plus spécifiquement, est un réservoir à expériences, qui forgent les esprits. Et les ouvrent à l'autre.

 

Les voyages forment la jeunesse, et les lectures seraient donc les voyages de ceux qui ne prennent pas le temps d'aller parcourir le vaste monde. Mais tout n'est pas dans les livres. 

 

Anne E. Cunningham, de l'université de Berkley, en Californie, l'avait souligné dans son étude de 2011, What Reading Does For The Mind. Elle montrait que les enfants profitaient plus largement d'une exposition indirecte à la langue, que de toute forme d'apprentissage. Autrement dit, la lecture est un bienfait, qui apporte un éveil supplémentaire. 

 

David Comer Kidd, de la New School for Social Research, explique : « Ce que les grands écrivains font, c'est de vous mettre à la place d'un écrivain. Dans la fiction littéraire, le caractère incomplet des personnages transforme votre esprit, pour l'inciter à mieux comprendre l'esprit des autres. » Sensibilité, et sagesse, sont les vertus des lecteurs. 

 

Et de ce fait, les lecteurs auront la capacité, sans être nécessairement d'accord, de mieux comprendre et partager un point de vue. 

 

Tout cela est bien joli, mais en pratique ?

 

Eh bien, la firme Waterstone, chaîne de librairie britannique, a décidé que les lecteurs, puisqu'ils sont compréhensifs, allaient tomber amoureux de la marque défendue et de sa personnalité. Un nouveau positionnement, qui doit présenter l'enseigne moins comme un commerce, que comme un espace de vie, à partager. 

 

Rik McShane, directeur commercial, a donc décidé de changer, en quelque sorte, les librairies en ashrâm - le côté ermitage pèlerin et recueillement en moins. En somme, la marque veut travailler à sa propre capacité d'empathie vis-à-vis des clients. « Nous étions un grand groupe sans visage, une marque corporate. Nous avons constaté que les autocollants ‘Recommandés' dans nos magasins, sont plus efficaces si elles ont de la personnalité, qu'ils proviennent de libraires locaux, plutôt que présentés comme des badges d'entreprises. »

 

Une responsable de l'opérateur British Telecom se serait penchée sur cette question, et après un sérieux travail, aurait diminué de 15 % les plaintes de ses clients, économisant 1 million £ annuel - le tout pour un investissement de 50.000 £ la première année. Le potentiel serait alors fabuleux pour les librairies Waterstones, que de jouer sur une personnalité forte de leur marque, tout en l'humanisant. 

 

Il paraît qu'obtenir un rendez-vous avec une personne qui lit serait comme sortir avec une personne ayant mille âmes.