Hunter S. Thompson : Le terrorisme, meilleur allié du gouvernement

Antoine Oury - 20.07.2014

Edition - International - Hunter S. Thompson - théorie du complot - 11 septembre


Même si son activité journalistique s'était réduite avec les années, pour se centrer principalement sur les chroniques sportives, Hunter S. Thompson avait réagi aux attaques terroristes du 11 septembre avec une tribune publiée dans les colonnes d'ESPN. Reprenant son traditionnel « Fear and Loathing » (« Angoisse et Parano »), plus que jamais adapté, il l'applique cette fois à l'Amérique tout entière, mais pointe l'instrumentalisation de l'événement par le gouvernement américain.

 


Hunter S. Thompson via Dan Leister

(Rick Marshall, CC BY 2.0)

 

 

Au lendemain de la tragédie, Thompson reste relativement sage, et dans le ton de la majorité des éditorialistes : « Les tours ont disparu, à présent, réduites à des débris sanglants, en même temps que tous les espoirs de Paix universelle, aux États-Unis comme ailleurs. Ne vous faites pas d'illusion : Nous sommes en Guerre à présent - contre quelqu'un - et nous resterons en guerre avec cet Ennemi mystérieux jusqu'à la fin de nos vies », écrit Thompson.

 

Depuis ses premiers articles, sans oublier Fear and Loathing in Las Vegas, Hunter Thompson est parti à la recherche du renommé Rêve Américain - sans jamais le trouver - jusqu'à déclarer sa mort. Un an plus tard, au micro d'une radio australienne, ABC Radio National, il revient sur la couverture du 11 septembre par les médias américains : « "Honteux" est le premier mot qui me vient à l'esprit », souligne-t-il.

 

Évidemment, la paranoïa est à son comble, et les manifestations de patriotisme qui ont suivi l'attaque terroriste, plus que cette dernière, ont été savamment orchestrées par l'administration Bush, assure-t-il. « J'ai passé suffisamment de temps à l'intérieur de la Maison Blanche, dans les campagnes électorales, et je sais pertinemment ce que ces gens font d'événement comme celui-ci, et aussi que la version publique de ces faits n'est jamais ce qui s'est réellement passé. » Cette partie de l'interview n'a pas été diffusée sur la radio publique...

 

Et difficile de soupçonner Thompson de simple paranoïa, pour le coup : même si l'ouvrage remonte, il avait passé du temps avec les candidats Nixon et McGovern, pour leur campagne électorale respective de 1972, avant d'en faire un livre, Fear and Loathing: On the Campaign Trail '72.

 

Alors que l'intervention américaine en Irak était bien entamée, le journaliste gonzo avait eu des mots encore plus durs, en 2003, sur la radio KDNK. « Dans ce jeu, nous sommes les Nazis et je n'aime pas ça. [...] Je crois que beaucoup de gens pensent comme moi dans ce pays, mais ne disent rien... Nous verrons ce qui m'arrivera. » Cette phrase, et quelques autres soulignant le sort réservé aux septiques, a évidemment nourri une théorie du complot... qui concerne cette fois le suicide Thompson, en 2005.

 

L'écrivain était connu comme amateur d'armes, et s'en vantait : la nouvelle du suicide n'aura donc étonné personne, connaissant la personnalité instable de ce grand consommateur de substances. Néanmoins, quelques voix assurent que son suicide ne serait qu'un assassinat déguisé : le site Thompson Murder rapporte ainsi des paroles qu'il aurait prononcées « à un ami », la veille de sa mort, « Ils vont faire passer ça pour un suicide. Je sais comment ces bâtards opèrent. »

 

Tout cela est nourri de citations, et autres preuves, mais comme l'assurait lui-même Thompson dans un de ces derniers ouvrages, Kingdom of Fear: Loathsome Secrets of a Star-crossed Child in the Final Days of the American Century : « La parano est juste un synonyme de l'ignorance. »