Hunter Thompson, Ralph Steadman et les champignons hallucinogènes

Nicolas Gary - 14.01.2014

Edition - International - champignons hallucinogènes - Hunter S. Thompson - Ralph Steadman


Faisons un peu de chimie en cet ensoleillé mardi, et évoquons les principes actifs de la psilocybine. Les amateurs auront noté que dans psilocybine, on retrouve ‘psilo', un terme bien connu des amateurs de champignons. C'est en effet le principe actif que l'on retrouve dans les champis hallucinogènes, et la psilocybine elle-même est un hallucinogène puissant, qui introduit des modifications visuelles, auditives, etc. Tout un tas de bonnes raisons pour la retrouver dans le régime alimentaire de Hunter S. Thompson... 

 

 

Ralph Steadman, Fear and Loathing in Las Vegas (Harper Perennial Modern Classics)

 

 

Journaliste, écrivain, Hunter a poursuivi le mouvement de l'ultra-subjectivité qu'avait proposé Bill Cardoso, que de raconter ses articles à la première personne, sans aucune recherche d'objectivité factice. Et ce sont finalement les influences intérieures subies (ou recherchées) par le journaliste qui apportent tout le piquant de l'histoire racontée. Si l'on prend en compte les effets de la psilocybine, on comprend alors mieux certains récits que Thompson a pu fournir aux rédactions qui l'ont employé.

 

 

 

 

Mais revenons à Hunter Thompson, et l'influence qu'il a pu exercer, au travers du Gonzo, sur l'artiste Ralph Steadman. Si les deux hommes n'ont eu qu'une collaboration occasionnelle, le journaliste originaire du Kentucky et l'illustrateur britannique ont joui d'une certaine symbiose culturelle. 

 

Les deux compères se seraient rencontrés lors du Kentucky Derby, célèbre course de chevaux sur laquelle Thompson avait été envoyé en qualité d'envoyé spécial. Thompson, en bon contempteur des manies américaines, y avait commencé sa parano, Steadman en faisant quelque peu les frais, avant de rédiger le célèbre article The Kentucky Derby Is Decadent and Depraved (« Le Kentucky Derby est décadent et dépravé »), paru en juin 1970 dans le Scanlan's Monthly.

 

Déjà, Steadman avait pu montrer un aperçu de son trait à Thompson, singulièrement intéressé par l'illustrateur après un a priori plutôt négatif, en apparence. De fait, l'ajout d'illustration est vite devenu une nécessité pour le journaliste gonzo, afin de rendre compte de ses différentes crises de paranoïa (souvent revues a posteriori, et non dues à l'usage de la drogue) et des visions horrifiques qui les accompagnent.

 

Et la psilocybine dans tout ça ?

 

« Je déteste juger l'utilisation de drogues, d'alcool, la violence ou la folie de qui que ce soit, mais elles ont toujours fonctionné dans mon cas », précise Steadman. 

 

 

Ralph Steadman, Fear and Loathing in Las Vegas (Harper Perennial Modern Classics)

 

 

Dans le documentaire d'Alex Gribney, Gonzo: The Life and Work of Dr. Hunter S. Thompson, on explore précisément les liens de leurs travaux communs, et l'origine de l'esthétique et de la psychologie des deux hommes. « Notre alchimie a rendu le gonzo possible », dit Steadman. Et l'on découvre comment Thompson a fait irruption dans la vie de l'illustrateur, son style conventionnel, avant que le journaliste ne débarque, une poignée de champignons à la main. « J'étais un garçon tranquille... »

 

Oui, mais ça, c'était avant...

 

« Décent. Un modèle d'innocence. Donc je pense que cette folie avait quelque chose d'attirant. Je crois que la naissance du gonzo est survenue au moment où la folie destructrice est sortie de moi pour s'exprimer dans les dessins », explique-t-il.

 

via Open Culture