Identifier Cervantès par ses blessures de guerre

Julien Helmlinger - 28.01.2015

Edition - International - Miguel de Cervantès - Anthropologie - Histoire - patrimoine


Dans la capitale espagnole, les recherches, ayant pour but de mettre la main sur les reliques du créateur de Don Quichotte, se poursuivent dans la crypte d'un couvent du quartier historique Barrio de las Letras. Ce lundi, l'anthropologue Francisco Etxeberria, dirigeant l'équipe sur les lieux, a fait état de la découverte au fond d'une cavité d'un pan de cercueil portant l'inscription cloutée « M.C », peut-être les initiales de l'écrivain Miguel de Cervantès. 

 

La bataille, selon Andries van Eertvelt 

 

 

« Ces deux lettres peuvent être très intéressantes », confie l'anthropologue, mais sont encore loin de suffire pour tirer des conclusions. Afin d'identifier d'éventuels restes de l'auteur, les chercheurs ont de toute manière une piste. Les blessures infligées à Miguel de Cervantès lors de la bataille navale de Lépante, il y a quatre siècles, se révéleraient déterminantes.

 

Comme le précise Francisco Etxeberria, avec la découverte de l'inscription cloutée sur cercueil, « d'un point de vue anthropologique, nous n'enregistrons aucune avancée ». Il faut dire qu'au fil des ans, de nombreux restes humains ont été entreposés au sein de la crypte de l'église du couvent de Saint Ildéfonse des mères Trinitaires et du couvent attenant. Au moins quinze personnes, estimait en avril dernier l'historien Fernando de Pardo, mais une nouvelle estimation est attendue pour février.

 

L'équipe pluridisciplinaire déployée sur les lieux dispose toutefois d'indices relativement précis, sur le grand écrivain du Siècle d'Or, pour procéder à une identification de reliques. Elle recherche une dépouille marquée par la vie, « un squelette d'homme, d'environ 70 ans, qui avait six dents, ou moins, portant des traces de lésions à l'intérieur du bras et à la main gauche, ne relevant pas de l'amputation, mais interdisant l'usage normal du bras ».

 

Un souvenir de Grèce, que Miguel de Cervantès avait remporté de la bataille navale de Lépante. Celle-ci avait été remportée en 1571 par la Sainte-Ligue catholique, menée par l'Espagne contre les Turcs ottomans. Mais au cours des combats, l'écrivain alors enrôlé dans un tercio de l'infanterie espagnole, fut atteint de deux arquebusades, l'une au torse et l'autre qui lui paralysa la main gauche. Une mésaventure de laquelle il hérita le surnom de Manchot de Lépante.

 

En raison de ce passé militaire, d'éventuels petits fragments de métal incrustés dans les os de l'écrivain, et autres preuves matérielles pourraient permettre son identification. Depuis avril 2014, caméras infrarouges et autres scanners 3D ont déjà permis de délimiter une zone de fouilles, 33 cavités et quatre tombes ont été découvertes. Les recherches sont entrées en phase 2 le 24 janvier, et consistent à « retirer la couche de plâtre recouvrant les murs des cavités afin d'y rechercher des inscriptions funéraires », selon la directrice du projet, Almudena García Rubio.

 

Archéologues et anthropologues se partagent les tâches, les premiers explorant les tombes et les seconds se consacrant à l'examen des restes jugés les plus importants. Les difficultés dépendront du nombre de personnes accueillies dans les sépultures, mais aussi du fait que certains ossements ont pu être déplacés au fil des ans. Francisco Etxeberria précise qu'aucun os ne devrait sortir de la crypte pour le moment.

  

Si des restes particulièrement intéressants sont découverts, les chercheurs pourront « demander les permis nécessaires pour les extraire temporairement et les analyser en laboratoire. Mais nous n'en sommes pas là », explique Almudena Rubio, interrogé par l'AFP.