Idéologie et politique détruisent encore les livres, dénoncent les écrivains russes

Nicolas Gary - 09.05.2016

Edition - International - Russie détruire livres - idéologie politique livres - Vladimir Poutine censure


Retour en novembre 2015 : en Russie, différentes structures émanant du financier américain George Soros étaient classées comme des menaces pour la sécurité nationale du pays. Mieux, le pays décrétait une interdiction de toute activité liée à ces structures. Deux mois plus tard, des ouvrages publiés par la Fondation Soros, étaient lancés littéralement dans les flammes. Des livres pédagogiques, principalement, mais dénoncés par le pouvoir. Aujourd’hui, des écrivains s’inquiètent...

 

глубокий тыл

Romana Klee, CC BY SA 2.0

 

 

A l’époque de cet autodafé, le ministre de la Culture, Vladimir Medinski, affirmait être au courant de l’histoire, mais la jugeait inacceptable. Après quelques mois de silence, l’Union des écrivains russes, fondée en 1991, lance une pétition. 

 

Adressée au président Vladimir Poutin, cette dernière demande que toute nouvelle destruction de livres dans le pays soit prévenue, et interdite. Le lien avec Soros devient évident pour chacun, sauf que...

 

Sauf que Olga Yarilova, directrice du département de tourisme pour le ministère de la Culture, a récemment confirmé que les livres édités par la Fondation Soros n’ont jamais été brûlés. Et contrairement à ce qu’affirment les membres de l’Union des écrivains, ces ouvrages n’auraient été que déplacés, et se trouvent bien dans des collections de bibliothèques régionales. Les inquiétudes des auteurs seraient donc sans fondement. (via Publishing Perspective)

 

Idéologie et politiques empiètent sur la liberté d'apprendre

 

Sollicitée par ActuaLitté, l’union des écrivains de Moscou nous confirme moins l’existence d’une pétition que d’une lettre ouverte, cosignée avec le Centre PEN Russie. « Il s’agit de demander que l’on cesse de détruire des livres pour des raisons idéologiques ou plus encore politiques », nous précise Svetlana Vassilenko, de l’Union. 

 

Le PEN Russie avait déjà écrit pour dénoncer les exactions dévoilées début janvier dans les médias – notamment l’autodafé de livres parus avec le soutien de la Fondation Soros. On soulignait d’ailleurs que les ouvrages ainsi brûlés portaient sur des thématiques d’économie, de criminologie ou encore sur le surréalisme français. 

 

Pour le PEN, cette entreprise de censure des livres, et leur destruction expriment une violation caractérisée des droits de l’Homme et de la liberté d’expression. Ceux des ouvrages qui ne furent pas passés par le feu ont été expédiés directement au broyeur, précise le courrier adressé au ministre de l’Éducation russe. 

 

« Nous vous invitons à faire appel à l’ensemble de votre pouvoir pour résoudre cette situation dramatique et veiller à ce que la pratique désastreuse de la destruction de livre, en dehors de cadre juridique, sur des raisons idéologiques et politiquement opportunistes, sera interdite », signent les organisations. 

 

Le pouvoir nie, le pouvoir confirme : à n'en plus pouvoir...

 

Dans une réponse apportée par un porte-parole du ministère, on réaffirme cependant que les inquiétudes des auteurs sont absolument sans fondement. « Si les ouvrages sont considérés comme extrémistes après examen juridique, ils sont placés dans une liste spéciale du ministère de la Justice de la Fédération de Russie, et immédiatement retirés des bibliothèques. Toutefois, même dans ce cas, les ouvrages ne sont pas détruits, simplement ils ne sont plus disponibles au prêt », assure-t-on. (via Guardian)

 

La chose est étonnante, puisque les autorités de la République des Komis, où toute l’histoire a commencé, avaient avoué être au courant de ces destructions. Les titres offraient « une perception pervertie de l’histoire et donn[aient] des orientations idéologiques étrangères à l’idéologie populaire russe ». 

 

Et comme le ministre de la Culture, Vladimir Medinsky s’est empressé de nier les faits, les doutes sont d’autant plus importants. Ce dernier est en effet connu pour une loyauté fidèle au Kremlin et plusieurs dénonciations pour des activités artistiques antipatriotiques.