IFLA : 'Une réforme du copyright est nécessaire' (Sinikka Sipilä)

Antoine Oury - 21.08.2014

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Le congrès mondial des bibliothèques, organisé par l'IFLA à Lyon, touche à sa fin — et toujours aucune nouvelle de la ministre de la Culture. Peu avant la session de clôture, nous avons pu solliciter la présidente Sinikka Sipilä sur quelques-uns des sujets qui préoccupent la profession. L'occasion de revenir sur une possible réforme du copyright, le prêt numérique en bibliothèque, ou encore... l'absence des ministres français à Lyon.

 


Sinikka Sipilä, présidente de l'IFLA

Sinikka Sipilä, présidente de l'IFLA (ActuaLitté, CC BY 2.0)

 

 

Pour son mandat de présidente, qui s'étend de 2013 à 2015, la présidente de l'IFLA Sinikka Sipilä avait choisi le thème « Des bibliothèques fortes pour des sociétés fortes », qui s'est concrétisé dans les interventions du congrès. Ce dernier était centré sur « Bibliothèques, Citoyenneté, Société : une confluence vers la connaissance », titre qui entendait rappeler l'importance des bibliothèques dans le bon fonctionnement et le développement des pays.

 

Le moment-clé aura évidemment été celui de la Déclaration de Lyon, un texte majeur, signé par plusieurs centaines d'organisations, qui entend faire revenir l'accès à l'information dans la stratégie globale des Nations Unies. Ou plutôt venir, puisque l'information « n'est jamais mentionnée dans les textes officiels », souligne la présidente.

 

« L'accès à l'information est un point essentiel du développement des pays. Il n'est pas garanti partout, et pas même dans les pays développés, où des individus manquent de cet accès à l'information, par absence de connexion Internet ou d'ordinateurs », explique Sinikka Sipilä. Dévoiler le texte au moment du congrès semblait « un moment politique et stratégique opportun » pour l'organisation, qui espère le voir intégré au programme de développement de l'Après 2015 des Objectifs de Développement Durables de l'ONU.

 

La réforme du copyright, prochaine étape pour les bibliothèques

 

Le prochain rendez-vous pour l'IFLA aura lieu en septembre, à l'occasion de l'assemblée générale de l'OMPI, Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle. C'est là que seront — une nouvelle fois — négociées les possibilités d'étendre les exceptions au droit d'auteur en faveur des bibliothèques, à l'ère numérique.

 

À ce sujet, et même dans la perspective où les négociations seraient une nouvelle fois interrompues par l'Union européenne, et en particulier la France, la présidente est très claire : « Nous continuerons notre lobby auprès des gouvernements et de l'OMPI, pour faire passer ce message. Si nous voulons faire perdurer le travail des bibliothèques et des centres d'archives, il n'y a aucun autre moyen d'y parvenir. Une réforme du copyright est nécessaire. » La législation actuelle est clairement vue, par les bibliothécaires et l'IFLA comme « un obstacle » dans l'exercice de leur métier. 

 

Parallèlement aux réunions de l'OMPI, la réforme du copyright proposée par l'Union européenne est également suivie par l'IFLA : l'organisation avait envoyé une lettre à la Commission, pour la presser d'honorer les engagements du groupe de l'Innovation. « Nous demandons à travailler en bonne intelligence avec l'OMPI et les ayants droit sur les questions de copyright. L'Union européenne s'est montrée très réticente à une modernisation, lors du dernier sommet, à Genève », souligne Sinikka Sipilä, une remarque qui n'est pas sans lien avec la Déclaration de Lyon, adressée à tous les pays, y compris ceux dits « développés »...

 

Faire face à la crise et moderniser le métier

 

Le thème du mandat de la présidente était également l'occasion d'évoquer la situation des bibliothèques européennes face à la crise économique et aux décisions à court et moyen termes d'une politique libérale. Les budgets des établissements sont réduits à peau de chagrin, quand bien même leur rôle social peut être prouvé et quantifié par la profession.

 

Assemblée générale IFLA 2014

Les bibliothécaires lors d'une session de l'IFLA (ActuaLitté, CC BY 2.0)

 

 

À ce titre, « l'IFLA peut leur donner des conseils dans le travail de défense face aux menaces économiques », assure la présidente. Mais « ce que les associations de bibliothécaires doivent faire dans leur pays respectif, c'est s'adresser directement aux gouvernements et aux décideurs municipaux, afin de leur faire comprendre l'importance des ressources accordées aux bibliothèques », souligne la présidente.

 

« En Finlande, seul 1 % des budgets municipaux vont aux bibliothèques, et la plupart des pays ne donnent pas plus : c'est très peu d'argent, à l'échelle du budget, mais il est très important », détaille la présidente en utilisant son propre pays d'origine comme exemple. 

 

Les thématiques prochaines se centreront également sur l'adaptation à l'environnement numérique par la constitution des collections. En Europe et dans le reste du monde, le prêt numérique se présente pratiquement partout sous la forme d'achats de licence, et non comme des acquisitions. Une situation problématique, dans la mesure où les contrats sont individuels, avec les éditeurs et les titres, tandis que les collections sont soumises aux fluctuations tarifaires et aux variations des droits accordés par les éditeurs.

 

« Les bibliothèques et l'IFLA demandent un modèle global et harmonisé pour les collections. C'est une des questions sur lesquelles nous travaillons, car les modalités actuelles proposées par les éditeurs sont trop restrictives, et nous devons discuter avec eux des progrès possibles en la matière », explique la présidente à ce sujet.

 

Enfin, nous n'avons pas pu résister : interroger la présidente sur l'absence des ministres français au congrès mondial était prendre le risque d'un incident diplomatique. Mais, finalement, le snobisme français, très mal perçu par les bibliothécaires français, n'aura pas eu un impact extraordinaire sur le déroulement du rendez-vous professionnel.

 

« J'ai rencontré Madame Filippetti en avril, au moment de la visite de Lyon et de Paris, et elle s'était montrée très compréhensive de la situation des bibliothèques », assure Sinikka Sipilä.