“Il est essentiel que le contrat d'auteur soit assorti d'un à-valoir” (Françoise Nyssen)

Antoine Oury - 12.10.2017

Edition - International - Françoise Nyssen Francfort - auteurs réforme européenne - Foire Livre Francfort 2017


La venue de Françoise Nyssen à la Foire du Livre de Francfort et l'organisation d'une réunion des ministres de la Culture européens étaient autant de signaux positifs envoyés au monde de la culture. Mais les auteurs de l'écrit sonnaient, une nouvelle fois, l'alarme sur leurs conditions de travail, de rémunération et plus globalement sur leurs droits. La ministre a apporté quelques éléments de réponse.


Françoise Nyssen - Foire du Livre de Francfort
Françoise Nyssen et les ministres de la Culture européens, à Francfort
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Ce mercredi 11 octobre, au moment même où Françoise Nyssen s'entretenait avec quelques-uns de ses homologues européens (Belgique, Grèce, Croatie, Luxembourg, Roumanie, Allemagne, Slovénie, Estonie et Espagne étaient ainsi représentés), quatre organisations d'auteurs de France, Allemagne, Espagne et Italie rendaient public un courrier commun réclamant plusieurs mesures à ajouter dans la réforme européenne du droit d'auteur.

Ces quatre mesures sont :
 
  • Une meilleure répartition de la valeur générée par le secteur du livre
  • Une transparence complète des chiffres
  • Un droit d’auteur fort et l’interdiction de nouvelles exceptions ou limitations
  • La défense et la promotion d'un dispositif protecteur, le prix unique du livre

Si les deux derniers points font l'objet d'un consensus assez large entre les auteurs et les éditeurs, les deux premiers, évidemment, sont plus complexes à aborder. Les organisations d'auteurs souhaitent ainsi « un à-valoir pour chaque titre » et l'instauration de taux de rémunération plancher pour le papier et le numérique, et revendiquent la transparence complète des chiffres.

« Nous avons échangé ce midi avec les représentants des auteurs, je suis parfaitement au courant de ce courrier et je comprends leur nécessité de faire valoir leur art, leur création », nous assure Françoise Nyssen en marge de sa venue à Francfort. « Il faut être extrêmement attentif au partage de la valeur, au soutien de leur travail », poursuit-elle en écho à Emmanuel Macron, qui a encore rappelé lors d'un discours à Francfort ce que l'Europe devait à ses écrivains.

Certaines revendications des auteurs semblent convaincre la ministre : « Venant de ce métier-là, je sais parfaitement que c'est essentiel que le contrat d'auteur soit assorti d'un à-valoir et qu'il soit justement rémunéré, et je comprends tout à fait leurs intentions », souligne-t-elle.

En France, plus spécifiquement, les discours de Macron et certaines prises de position du gouvernement semblaient en contradiction : ainsi, la hausse de la Cotisation Sociale Généralisée annoncée récemment menaçait, elle, les revenus des auteurs, déjà fragiles, en aboutissant sur une hausse pure et simple de leur cotisation, sans la compensation dont les autres actifs pouvaient bénéficier.
 

Hausse de la CSG : réduire les artistes-auteurs au silence et à la misère ?


« Il faut aussi qu'au niveau social, les choses soit correctement prises en compte pour eux », s'engage Françoise Nyssen : « Sur la CSG, je les ai rassurés sur le fait que c'est à l'étude. C'est quelque chose dont nous nous sommes rendus compte immédiatement : finalement, sur de telles mesures, nous voyons après, à la marge, les ajustements qu'il convient de faire », promet la ministre. Si les auteurs se réjouiraient d'une compensation similaire à celles des autres actifs – qui bénéficient eux des baisses des cotisations chômage et santé –, certains soulignent que les compensations sont souvent provisoires...

Dernier point, les exceptions, un terrain connu pour la ministre, évoqué avec le président de la République et les éditeurs : « En Europe, certains partisans veulent penser la culture dans une idée de gratuité pour ce qu'ils appellent des consommateurs. D'abord, les gens qui lisent, qui vont au théâtre, au cinéma, ne sont pas des consommateurs, ce sont des usagers, des passionnés. Ils connaissent la valeur de tout cela. En Espagne, ils font d'ailleurs un travail extraordinaire pour dire que le piratage, la gratuité, tout cela empêche la jeunesse de faire ces métiers du théâtre, du cinéma, de la musique, de la littérature. Il faut préserver cela, et ne pas essayer d'affaiblir systématiquement le droit d'auteur par des exceptions à tous niveaux », appuie la ministre.
 

Foire du livre de Franfort
 

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