“Il est naturel que les éditeurs participent à la rémunération des dédicaces”

Nicolas Gary - 05.07.2019

Edition - Economie - présence auteurs salons - Humanoïdes associés - festival forfait


Les réflexions des uns et des autres feraient oublier que certains ont des pratiques vertueuses. Les Humanoïdes associés, réagissant aux propos tenus par certains éditeurs du monde de la bande dessinée, nous font parvenir un communiqué. Au cœur du débat, la rémunération des auteurs dans le cadre de séances de dédicaces.

Saverio Tenuta, auteur du Masque de Fudo - crédit Humanoïdes associés


Tout est parti d’une analyse de Jacques Glénat, en marge des Rencontres nationales de la librairie à Marseille. En effet, le fondateur de la maison éponyme expliquait à ActuaLitté que « l’auteur qui fait une conférence, cela me paraît normal qu’il soit rémunéré, mais celui qui vient faire la promotion de son livre, rencontrer des gens, je ne vois pas pourquoi on le payerait, c’est déjà une opportunité. Qu’on soit payé pour signer un livre, je trouve cela presque contre nature, car l’auteur est content de partager son travail avec les gens, d’entendre des questions, des commentaires... Ce serait un rapport un peu bizarre ».

Si, jusqu’à présent, les auteurs — et pas simplement dans le secteur de la bande dessinée — ont principalement pris position (s’étaient étranglés serait plus juste), voici que les Humanoïdes associés entrent dans la danse. Et de rappeler tout d’abord qu’ils n’ont « pas oublié qu’ils ont été fondés d’abord par des auteurs ». 

Précisément, c’est en décembre 1974 que Mœbius, Jean-Pierre Dionnet, Bernard Farkas et Philippe Druillet s’associent pour monter d’abord Métal hurlant, le magazine spécialisé en SF, avant de se lancer dans la bande dessinée plus largement. 

Bien entendu, les manifestations représentent « des moments agréables d’échanges pour les auteurs ; ils rencontrent les lecteurs et leurs confrères ». Pour autant, il s’agit aussi de « vecteurs de promotion des livres, qui exigent du temps et de l’énergie ». 

Curieusement pas rémunéré ?

En effet, le dessinateur, lors d’une dédicace, produit « une œuvre qui personnalise le livre. Un vrai travail, donc, qui a lieu très souvent en soirée ou en week-end, nécessite des déplacements, et curieusement, n’est pas rémunéré ».
 
Or, depuis 2018, souligne la maison, une indemnité pour ces moments de signatures organisés sur son stand, dans les salons, est prévue pour les auteurs — de même qu’à l’occasion de tournées en librairies. 

Il s’agit d’un montant forfaitaire à la hauteur de 100 €, « inclus dans le budget de promotion des albums ». Les séances sont alors planifiées au même titre que d’autres opérations, « sans léser les auteurs sur le temps qu’ils nous accordent et dont nous connaissons la valeur ». Une somme qui représente, nous précise la maison, 15 à 20 % du budget total investi pour un salon de taille moyenne.

Et les Humanos de poursuivre : « Pendant longtemps, les auteurs ont accepté de jouer le jeu de la promotion bénévole, et toute la chaîne du livre en a profité. Mais aujourd’hui nombre d’entre eux réclament une rémunération des dédicaces, et il est naturel que les éditeurs, maillon en charge de la diffusion des livres, participent à la rémunération de ce travail. »

Que de petites structures n’aient pas les moyens d’agir de même, « cela peut s’entendre », concède-t-on. Toutefois, « il est évident que les éditeurs qui sont les acteurs majeurs de ce marché et dont les stands rutilants affichent des marges confortables (voire panaméennes) n’ont aucune excuse pour se dérober ».

Avant de conclure : « Car sans auteurs, pas de livres. »


Commentaires
« Pendant longtemps, les auteurs ont accepté de jouer le jeu de la promotion bénévole, et toute la chaîne du livre en a profité. » ----> Hé, voici la liste exhaustive des gens qui font la promotion des livres de façon bénévole :

1. les auteurs

2. les lecteurs (dont certains ont des blogues, par exemple).



C'est fou, entre les deux, personne ne fait de promotion bénévole. Tout le monde touche un salaire dans les maisons d'édition, dans les salons et partout ailleurs où se fait la promo.
Avant de vouloir être considéré comme un acteur économique incontournable de la chaîne du livre, l'auteur doit SE considérer comme tel. Et on sent comme une frilosité à cet endroit, comme si l'auteur était "sous influence", manquait d'assurance, s'excusait presque d'exister, osait à peine lever le doigt.



L'économie est une guerre. Les auteurs, des guerriers qui doivent se battre s'ils veulent survivre dans ce monde impitoyable. Le combat est d'abord un combat à mener contre soi-même, contre la culture de l'excuse, un combat contre "ses petites chéries" qu'il faut tuer, comme dirait William Faulkner.
liste pas si exhaustive des gens qui font la promotion bénévole des livres, car il y a un oubli majeur, les organisateurs de salon.
Mais les auteur.e.s sont déjà rémunéré.e.s pour leur participation aux dédicaces : ça s'appelle le droit d'auteur qu'ils et elles perçoivent sur la vente de livres qu'ils et elles n'auraient pas vendus s'ils et elles n'avaient pas été présent.e.s.

En effet, l'auteur.e personnalise le livre, au bénéfice de la personne qui achète (dont paye) le livre dédicacé.

A un moment ou à un autre, il faudra qu'on mette les choses au clair : si le but des auteur.e.s est d'accéder au salariat (avec ses avantages, mais aussi ses inconvénients), pourquoi pas... mais il y aura beaucoup d'appelé.e.s et peu d'élu.e.s, sans compter des charrettes de plans sociaux !
La différence est qu'un auteur littérature dédicace un livre en 30 sec. Voir 1 min. si il discute, alors qu'un auteur BD passe entre 10 et 20 min. par dédicace et réalise une oeuvre sur le livre. À moins d'1 euro de droits d'auteur par album, 25 albums dédicacés dans la journée (ça fait déjà 1 belle journée!), faites le compte!!! À ce tarif, les pâtes, c'est sans beurre!!!
« Mais les auteur.e.s sont déjà rémunéré.e.s pour leur participation aux dédicaces : ça s'appelle le droit d'auteur qu'ils et elles perçoivent sur la vente de livres qu'ils et elles n'auraient pas vendus s'ils et elles n'avaient pas été présent.e.s. » ---> Tout est une question de perspective. Le texte et les images appartiennent à l'auteur. L'éditeur est payé pour en faire un livre et le vendre. Cela inclut le marketing, la distribution (déléguée et payée) et la vente au détail (déléguée et payée). Dans un salon l'éditeur délègue cette partie de ses responsabilités à l'auteur, sans le rémunérer.



Dans un salon, l'auteur fait le travail du distributeur et du détaillant. Dites-moi, est-ce qu'on lui verse la part des ventes qui leur est réservé? Concrètement, touche-t-il 60 % du prix de vente?



A-t-on beaucoup d'éditeur qui ont un deuxième emploi parce que le premier n'est pas suffisant pour nourrir leur famille? Ça existe, mais ce n'est pas la norme.



Du côté des auteurs? C'est la norme.



Cela nous indique que la répartition des revenus n'est pas équitable, et dans ce contexte que celui qui est le mieux payé délègue son travail, sans rémunération, est un peu particulier. Va-t-on demander aux auteurs de faire (bénévolement) la mise en page, et de trouver (bénévolement) un imprimeur?
@ Etienne Denis

J'ai l'impression que votre connaissance de la chaîne commerciale du livre est un peu superficielle.

D'une part, l'éditeur n'est pas payé pour fabriquer un livre à partir d'une matière première : il paye pour le faire. (Entre autre il paye l'auteur.e, ce qui est parfaitement normal, puisqu'il ou elle fournit la matière première.) Mais l'éditeur paye aussi la correction, la fabrication, l'impression, la diffusion, la distribution et la promotion auprès de la presse, des librairies... ou des salons.

Parce que le texte et les images appartiennent à l'auteur.e, c'est vrai, mais si personne n'en fait un livre, l'auteur.e est bien avancé.e.

D'autre part, si l'on excepte les auteur.e.s publié.e.s à compte d'auteur, j'ai rarement observé des écrivain.e.s faire le travail de distribution (c'est-à-dire assurer la livraison dans les temps et la facturation des livres, ainsi que la réception des retours après le salon), ni même tellement le travail des détaillants, autrement dit les libraires (c'est-à-dire assurer le déballage des livres, leur vente, tenir la caisse, s'occuper du remballage des invendus... et accueillir courtoisement des auteur.e.s qui, cela arrive rarement mais parfois, prétendraient leur apprendre leur métier).

Le jour où vous ferez tout ce travail de conception, d'écriture et d'illustration, de fabrication, de mise à disposition commerciale, de vente et de gestion des stocks, alors vous pourrez légitimement revendiquer non pas 60%, mais 100
Même pas sûr pour les pâtes, MiNium, vu que certains éditeurs de BD s'autorisent à ne pas payer les droits d'auteur sur les exemplaires vendus en salon, en les faisant passer pour des ouvrages promotionnels ou "détériorés". Ce, bien sûr, quand la vente ne se fait pas par l'intermédiaire d'un libraire.

Dans ces conditions, et comme le disent les Humanos, il serait en effet normal que les séances de dédicace donnent lieu à rémunération des auteurs par les éditeurs au titre des "activités accessoires". Après, pour ce qui de réserver la rémunération aux dessinateurs alors que le scénariste est aussi présent sur le stand et tient le crachoir avec les lecteurs pendant que son partenaire dessine, c'est pas forcément si évident non plus.
Surtout que les auteurs de bd sont souvent rémunérés en avance du droits. Soit une somme versée par l'éditeur, qui leur permet de vivre (en théorie) le temps de produire l'album avant qu'il ne parte en impression. Somme qui sera ensuite remboursée à l'éditeur avec la part de l'auteur sur les ventes du livres. L'auteur ne touchera réellement de droits d'auteurs qu'une fois cette sommes remboursée avec sa part des ventes.



Dans ces conditions le droit d'auteurs ne sert absolument pas à rémunérer l'auteur pendant les dédicaces. Surtout qu'une fois le livre sorti, pour manger il faut en produire un autre. Donc prendre du retard sur une production, pour passer le week-end à faire du dessin sans être rémunéré pour ce temps, cela représente une perte sèche pour les auteurs.
Vous avez tout à fait raison, mais pour le coup vous mettez en relief un autre problème : très souvent l'avance est supérieure aux droits qu'auraient perçus un.e auteur.e sur la totalité des ventes d'un livre. J'imagine que vous ne demandez pas que les maisons d'édition réclament aux auteur.e.s de rembourser le trop-perçu ?

Les dédicaces servent à vendre des livres en leur apportant une plus-value. Les dédicaces, c'est donc aussi, pour les auteur.e.s en devenir, un moyen de se faire connaître et d'aller vers la rentabilité de leur activité.
J'ai mis 5 ans à écrire mon roman. L'avance que je devrais toucher, si elle était censée me permettre de vivre pendant mon temps d'écriture, devrait donc s'élever à 5 ans de salaire wink C'est où qu'on signe ?
Vous vous méprenez manifestement : l'avance est une avance sur les droits d'auteur à venir, c'est-à-dire sur les revenus qui seront suscités par les ventes (considérables, évidemment) de votre roman. En toute rigueur, si (par extraordinaire) les ventes de votre roman ne permettaient pas d'atteindre ce montant de droits d'auteur, vous devriez les rembourser... ce qui, dans les faits, n'arrive jamais.

Quant à l'organisation de votre temps de travail et la durée que vous mettez à l'accomplir, elles vous appartiennent puisque (faut-il vous le rappeler ?) vous n'êtes pas salarié. C'est d'autant plus vrai que (corrigez-moi si je me trompe) vous avez produit un roman que personne ne vous avait commandé, non ?

Signez donc en bas à droite sur le contrat, après en avoir paraphé chaque page.
Si je signe à ce tarif prohibitif (10%), ce sera bien "malgré moi", et je signerai alors pour un seul texte et si celui-ci casse la baraque, après, les droits des textes suivants deviendront à leur tour prohibitifs, inversant la pyramide de la négo.
Pour parler de "rentabilité" c'est que vous connaissez probablement fort mal le métier d'auteur. SI, comme d'autres l'expriment ici, il fallait calculer le ratio entre le temps passé a créer, écrire et promouvoir (gracieusement donc puisque c'est presque un honneur semble t-il de pouvoir aller signer sur un salon), le taux horaire serait plus bas que celui d'un ouvrier dans une usine Russe dans les années 50. On ne fait pas des livres pour faire de la rentabilité. On fait des livres pour raconter des histoires (et pour vivre un peu) et car il y a encore des gens pour aimer les lire. Mais bientôt, avec la hausse ininterrompue des charges et la chute des ventes, peut-être n'y aura t-il plus d'auteurs pour cela....
@ Claire

Je parle de rentabilité pour la seule raison que certain.e.s souhaitent faire de l'activité d'auteur.e un métier : pourquoi pas, mais si c'est un métier, il est alors soumis aux impératifs de sa propre rentabilité.

J'ai pondu trois bouquins très dispensables et quelques nouvelles : si j'avais dû attendre après ça pour bouffer, je serais mort de faim avant même la mise en vente du premier.

Dès lors que je veux vivre selon certains critères (de confort, de sécurité, d'épanouissement personnel, de ce que vous voudrez), alors il faut que je fasse un choix : soit je fais des bouquins comme un passe-temps, soit je fais les efforts qu'il faut (notamment en produisant de la littérature qui a une chance de se vendre, et de se vendre vite et bien) pour devenir écrivain professionnel en sachant que ce ne sera jamais une activité de salarié.e.

Pour ma part, j'ai clairement choisi la première option. Je connais certaines personnes qui ont choisi la seconde : total respect, indépendamment de ce que je peux penser de leurs productions. Mais je crois bien qu'aucune de ces personnes que je connais ne viendrait chouiner pour faire la manche en demandant la pièce pour une activité qui leur rapporte des ventes.
La question de la rémunération des dédicaces n‘était jusqu’alors pas un sujet autant polémique. Elle l’est devenue du fait de la dégradation des conditions de subsistance de la plupart des auteurs dans un système économique qui les maltraite. Aborder cette question des dédicaces ne résoudra pas le problème de fond des auteurs mais en parler a le mérite de porter la contradiction sur le dysfonctionnement du sytème dans son entier.

Pour ma part (amateur de BD), je considère que la dédicace devrait avant tout être un temps privilégié entre un lecteur et un auteur qu’il apprécie sincèrement. On ne devait jamais solliciter une dédicace pour créer de la valeur marchande sur un produit dans la perspective de le revendre avec une plus-value. Ce n’est pas l’objet de la dédicace. La relation personnelle devrait être l’essence de la dédicace. Aussi par principe, je pense que le lecteur bénéficiaire de la dédicace devrait payer sa dédicace, même symboliquement car le prix acquitté (disons 10 ou 20 € peut-être selon le type de dédicace) restera de fait une modeste rétribution au regard du travail personnalisé de l’auteur.

Cette rémunération directe du lecteur à l’auteur ne devrait pas exonérer les éditeurs et organisateurs de salons de rémunérer par ailleurs décemment les auteurs pour leur participation active à l’évènement en contrepartie du temps consacré selon des modalités convenues contractuellement.

Plus globalement, mon sentiment premier est que ce qu’on qualifie de chaîne du livre est en fait un milieu très hétérogène. A côté des majors de l’édition et de la distribution-diffusion qui trustent le marché et imposent leur loi, cohabite un foisonnement de petits éditeurs méritants qui se démènent pour survivre, se développer et qui entretiennent des relations équitables avec leurs auteurs dans la limite de leurs moyens. Ne mettons pas tout le monde dans le même sac.

Pour conclure, Il faudrait peut-être aussi compter sur les vertus de l’économie mutualiste et coopérative pour que les auteurs prennent leur destin en main.
Nous faisons ce boulot par passion et personnellement je suis heureux d’aller à la rencontre du public. C’est à l’éditeur de mettre la main à la poche. Après tout il nous doit bien ça, non ? Ils vivent plus que bien et mieux que nous avec ce que nous créons ! Mais dans le lot, s’engraissent royalement les distributeurs et c’est peut être là qu’il faut y puiser notre dû ?
Vous savez quoi ? On est des gentils et ils le savent bien. La première chose que fait un mâle dominant c'est de jauger la dose de concurrence que vous pourriez lui opposer. Avec nous ils sourient, ils sont tranquilles. On est des agneaux bien obéissants qui baissent la tête sur leur planche à dessin. Ils nous méprisent car nous ne leur opposons aucune résistance, car nous ne relevons pas la tête. Ce qui caractérise la réussite de l'homos économicus, c'est sa fierté, son orgueil d'être parvenu à être "quelqu'un", alors qu'un auteur, un illustrateur, un artiste, lui, son art lui enseigne l'humilité et le courage quotidien d'être un Homme.
Je viens de lire plusieurs articles et commentaires sur le sujet sur Actualitté.

J'ai plusieurs questions:

- Si cela prend du temps, pourquoi faire une dédicace dessinée ? Après tout, certains auteurs ne dessinent plus sur les albums (Bilal, Loisel,..)

- Pourquoi les dessinateurs continuent à venir en salon ou en librairie ? Finalement, personne ne les y obligent.

En plus si on fait le bilan économique d'un signature en librairie, personne ne gagne d'argent, ni l'auteur, ni le libraire ou l'éditeur qui, généralement, se partagent les frais de transport et d'hébergement: ce n'est pas les 25 exemplaires vendus dont on a parlé plus haut, qui peuvent couvrir ces frais.

Et si, tout simplement, on arrêtait ça. Cela ferait rager une poignée de chasseurs de dédicace, c'est tout. Trouvons un autre moyen de promouvoir des albums !
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