“Il faut maintenir un prix élevé du livre” (Vincent Montagne, SNE)

Antoine Oury - 25.03.2015

Edition - Economie - Vincent Montagne SNE - Média Participations France Info - prix des livres


En marge du Salon du Livre de Paris, où il était présent en tant que coorganisateur, président du Syndicat national de l'édition et PDG de Média Participations, Vincent Montagne s'est exprimé dans les médias. Dans « L'interview éco », diffusé sur France Info, il a répondu aux questions de Jean Leymarie sur l'économie française du livre, de la rémunération des auteurs à la TVA réduite sur le livre numérique.

 

 

Vincent Montagne (SNE) - Salon du Livre de Paris 2015

Vincent Montagne, président du Syndicat national de l'édition, lors des Assises du Livre numérique 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

L'entretien, mené ce lundi 23 mars, suivait de près la manifestation des auteurs, inquiets pour leurs droits et leur situation sociale, qui a marqué cette 35e édition du Salon du Livre de Paris. « Les auteurs ont raison d'être préoccupés de leur rémunération. Ils sont préoccupés de 3 choses, c'est-à-dire le droit d'auteur et la défense du droit d'auteur, au niveau français et européen, leur protection sociale, et enfin leur rémunération », explique Vincent Montagne.  

 

La question de la rémunération est centrale, souligne Vincent Montagne, et interpelle également les éditeurs : « Il y a de plus en plus de titres qui sortent, donc le poids des droits d'auteur

dans les maisons d'édition est de plus en plus lourd, et, en même temps, les revenus unitaires pour chaque auteur baissent », précise-t-il.

 

À la question de l'augmentation des droits d'auteur, la réponse est plus vague : « Beaucoup de gens écrivent, mais il n'y a que 3000 auteurs qui touchent plus de 7500 € par an, en France. Bien sûr, on citera toujours les 100 auteurs qui gagnent très bien leur vie, mais en réalité, être auteur, c'est très important. Parce que c'est un accomplissement, mais ce n'est pas, souvent, un métier à temps plein. C'est quelque chose que l'on fait en parallèle à un autre métier, ou on est enseignant, chercheur, ou écrivain avec l'espérance d'un prix, parce que c'est les grands prix qui permettent de faire exploser les compteurs, si j'ose dire. »

 

Les relations entre auteurs et éditeurs ne sont toujours pas optimales, mais le nouveau contrat d'édition, applicable depuis le 1er décembre 2014, devrait changer la situation. Il « les sécurise plus aussi sur la relation auteur-éditeur. Il faut à présent mettre au point une reddition des comptes chaque année, et les éditeurs qui ne le feront pas, l'auteur pourra reprendre ses droits. C'est totalement nouveau, nous sommes le premier pays à mettre ça en place », souligne Vincent Montagne.

 

Sur le livre numérique, le président du Syndicat national de l'édition doit admettre que le poids de l'ebook ne dépasse guère les 4 % du chiffre d'affaires de l'édition grand public. Mais « [c]hez les éditeurs professionnels, ils ont fortement progressé, avec des chiffres qui peuvent dépasser 50 % de leurs ventes ». En guise d'explication, l'écosystème français des librairies, « une chance, qui permet aux lecteurs de se fournir facilement », mais aussi le décalage entre l'arrivée des tablettes aux États-Unis et en France. Et, malgré ces chiffres, « la progression des livres numériques est de plus de 50 %, en 2014 ».

 

 


Le prix élevé des livres numériques, et principalement des nouveautés, pourrait-il également expliquer la faible part des ventes d'ebooks dans le chiffre d'affaires total de l'édition ? « Un livre, dans sa fabrication, ne coûte que 15 % du prix final. En réalité, ce qui coûte le plus cher, c'est tout ce qui touche à la réalisation et à la conception du livre et de l'auteur. On ne peut pas traiter le livre numérique au marginal, et bientôt nous aurons même des éditeurs qui publieront d'abord en numérique, et ensuite en papier », explique Vincent Montagne.

 

Ce qui est déjà le cas, soit dit en passant.

 

« Si nous voulons préserver une rémunération des auteurs qui soit suffisante, il faut maintenir un prix élevé et surtout éviter de dévaluer, avec l'impression qu'un livre numérique serait différent du papier, parce que cette œuvre de l'esprit est la même, elle ne change pas de nature en changeant de support », affirme Vincent Montagne. Cela dit, il faut se rappeler qu'un livre numérique ne porte pas, bien souvent, les mêmes caractéristiques qu'un livre papier, en matière de prêt, de copie ou d'impression. De ce point de vue, le livre numérique est différent d'un livre papier.

 

Malgré tout, le positionnement de l'Union européenne vis-à-vis de la TVA appliquée au livre numérique se défend difficilement : « C'est une aberration. On va renchérir le livre numérique, au même moment où il émerge, au lieu de faire une neutralité technologique, c'est-à-dire que la TVA est exactement la même en papier et en numérique, et on arrive à cette contradiction que le numérique augmente. »

 

Face au désaveu des lecteurs, de moins en moins nombreux en France, le rôle de l'éducation reste central, estime le président du Syndicat national de l'édition : « 150.000 enfants arrivent en 6e sans savoir lire. 19 % des jeunes de 15 ans ne comprennent pas ce qu'ils lisent. C'est effectivement à l'éducation d'apprendre aux jeunes à lire, et à comprendre ce qu'ils font. »

 

L'entretien complet peut être réécouté à cette adresse, jusqu'en 2017.