Il y a quelque chose qui pourrit dans l'industrie du livre

Nicolas Gary - 25.06.2014

Edition - International - Allemagne livres - Etats-Unis ebooks - Angleterre remises


Depuis plusieurs mois, se déroulait en silence une guerre de tranchées entre Hachette Book Group et Amazon. Et cette affaire de négociations commerciales a été révélée au grand jour. Puis, une autre a fleuri, en Allemagne, débouchant sur une plainte déposée contre la firme américaine. Bien entendu, Amazon se débat, mais quand un gorille s'ébouriffe, c'est toute l'industrie qui est aspergée...

 

 Crocodile du Nil

ynlray, CC BY SA 2.0

 

 

La pression que le marchand met sur les éditeurs allemands reposerait sur des remises trop faibles accordées pour les livres numériques. Quant aux questions des délais de livraison rallongés, le revendeur n'y serait pour rien : il est dépendant des capacités de l'éditeur à lui fournir en temps et en heure les commandes qu'il passe. 

 

Le conflit déborde également sur le Royaume-Uni, où les éditeurs sont les victimes collatérales des mouvements américains. Bien entendu, Amazon clame que son unique intérêt est celui du consommateur, et dans le même temps, les auteurs pestent de voir des ventes disparaître. Nicolas Salomon, directeur de la Society of Authors tire la sonnette d'alarme.

 

Outre-Manche, Amazon tente en effet d'imposer un outil d'impression à la demande, pour les titres indisponibles, et dans le même temps, le vendeur accapare la quasi-totalité du marché du livre numérique. « Aucune entreprise ne devrait avoir une telle domination, ni être le principal moteur du commerce pour toute une industrie », analyse Salomon. 

 

C'est que l'on observe, dans l'édition britannique, une vague de fond : les éditeurs augmentent leurs profits, mais les ventes diminuent. Le nombre d'exemplaires écoulés diminue, attendu que les lecteurs ont un plus grand choix que jamais. Si à cela s'ajoutent les remises pratiquées par Amazon, et la tentative du marchand de faire payer certains services, tout cela ne laisse rien augurer de bon. 

 

Parmi ces services, la possibilité de précommander, qui tombait sous le sens, quelque temps auparavant... 

 

Toutes ces modifications mettent en exergue des mutations marchandes plus vaste : « C'est à dire que l'auteur est la seule composante essentielle dans 100 % de la création d'un livre. Mais les détaillants prennent une plus grande part des revenus, et les éditeurs prennent une plus grande partie de l'ensemble des revenus, de sorte que la part qui revient à l'auteur est toujours en diminution », indique Salomon. 

 

Une lame de fond, de type vague scélérate

 

Dans ses négociations avec le groupe suédois Bonnier, en Allemagne, Amazon chercherait à obtenir des remises de 40 à 50 % sur les livres numériques, alors qu'il serait aujourd'hui à 30 %. Sur le marché allemand, la société disposerait de 70 % de parts de marché pour les ventes en ligne, et les ventes numériques sont nécessairement dans le même ordre d'idées. 

 

« Nous croyons que cela devrait aussi se refléter dans les conditions auxquelles les libraires achètent leurs livres auprès des éditeurs, et c'est le cas dans les accords que nous avons avec les éditeurs du monde entier, y compris en Allemagne », explique Amazon. Et d'ajouter : « Ils nous demandent de les acheter beaucoup plus cher quand nous vendons une édition numérique que lorsque nous vendons une édition imprimée du même titre ».

 

Les développements dévoilés hier au Royaume-Uni s'inscrivent donc dans ce qui serait plutôt une lame de fond, partie des États-Unis, une lame orange et souriante, comme toujours. 

 

À l'occasion d'une rencontre prévue le 1er juillet, aux États-Unis, auteurs, agents et éditeurs se réuniront pour discuter de l'ensemble de ces questions. Cette rencontre se déroulera à la Biblibothèque publique de New York, avec notamment James Patterson et l'éditeur Morgan Entrekin, de Grove Atlantic. On retrouvera aussi Bob Kohn juriste et fondateur de EMusic.com, ainsi qu'un professeur de droit. Tout le monde sera réuni autour de la question Amazon: Business As Usual ?

 

Et pendant ce temps, James Patterson poursuit sa campagne de soutien aux librairies, et vient de verser 250.000 £ supplémentaires. Tim Godfray, directeur de la Booksellers Association se félicite que le romancier manifeste son affection pour les libraires indépendants. « Son don généreux permettra à nos libraires d'avoir une chance de créer de nouveaux programmes, essayer de nouvelles idées et se servir de leur créativité pour encourager les enfants à lire. Je sais que nos membres seront séduits par ces solutions. »