Illustration et humour, le dessin humoristique d'Amerique du Sud

Clément Solym - 20.03.2011

Edition - Société - argentine - dessin - presse


Au café littéraire argentin, on a pu rencontrer également deux « dieux » de la bande dessinée, comme les a présentés Plantu qui a animé la rencontre Sabat / Quino.

Sabat vit et travaille à Buenos Aires en Argentine. Ses dessins sont publiés quotidiennement dans le journal "Clarin" et sont parus aussi dans les principaux journaux d'Amérique et d'Europe, notamment "The New York Times" et "Libération".

Quino est très connu pour sa BD Mafalda, qu’il a cessé de dessiner au milieu des années 70, pour se consacrer à son œuvre de dessinateur d'humour.


Sabat a le rire communicatif, Quino la modestie timide. Les mots de Quino sont à l’instar de son trait, élégant et efficace. « Nous devons tout comprendre juste avec la finesse du trait ». C’est le propre du dessin silencieux. Nous revenons sur la fraîcheur, et la douceur parfois sarcastique de Mafalda, qui enthousiasme le public, venu en masse, saluer ces icônes de la BD.

En français presque parfait, et ce, malgré la présence de la traductrice, Sabat raconte ses histoires personnelles. Derrière la légèreté des traits, se cache une vérité bien plus profonde. Plantu fait référence à l’actualité. Il y a si peu de temps, il était interdit de dessiner un portrait de Ben Ali. Sabat raconte ce qu’il a vécu.

Kidnappé, séquestré, parce que l’un de ses dessins était désapprouvé. Il était impossible de dessiner Général Videla, il fallait dessiner un des ministres. Sabat affirme que « c’est une stupidité de penser que l’on peut faire une révolution avec un dessin », mais ils sont conscients qu’ils ont une portée plus grande qu’ils n’y paraissent.

Le dessinateur en Argentine est un puissant ambassadeur de culture. Il y a comme une gratuité dans le geste. Plantu sent d’ailleurs cette différence. En France, dit-il, ce n’est pas pareil pour les dessinateurs de presse. Les Argentins passent des mois pour dessiner des œuvres complètes, en hommage à une personne, Picasso, Van Gogh.

Sabat est seul à décider du projet de dessin, et personne ne le corrige. « Je suis irresponsable » conclut-il en riant, comme si l’irresponsabilité les excusait de forcer toujours plus le trait.

Une chose est sûre, elle nous sauve.