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Images nomades : l'art photographique de Patrick Devresse

La rédaction - 19.12.2016

Edition - Société - Images nomades photos - Patrick Devresse auteurs - illustrations photographies écrivains


ENTRETIEN – Patrick Devresse entra en religion photo par la grâce de son premier appareil – un cadeau pour sa communion solennelle ! Fil rouge de cet artiste modeste, qui « a commencé dans la rue pour finir chez les gens » selon sa formule : l’humain. « Par porosité, mon parcours photo a accompagné ma vie, et vice-versa », observe-t-il. 

 

 

 

De vacances avec ses filles et ses petits-enfants, dans une grande maison louée, naît une expo dénommée « Un été à Bégude ». Un travail sur les sauveteurs en mer lui offre une amitié durable. Un voyage au Portugal, sur les traces du compositeur Fernando Lopes Graça s’achève par une expo, mais aussi un livret photographique avec le CD des pianistes Belthoise et Margotto. Et ainsi de suite... 

 

Le Nordiste s’associe souvent aux auteurs de sa région. Cela donne Photoromans, publié en 2008 avec Lucien Suel. Ou encore en 1999 La Chair de l’image (éditions Paroles d’aube), en compagnie de Dominique Sampiero, né d’un projet avec Culture commune – car le photographe participa très vite à l’aventure de cette structure culturelle du Bassin minier impulsée par Chantal Lamarre. Aussi, quand Escale des Lettres lui demanda de photographier les écrivains lors des cafés littéraires du Nord – Pas de Calais, le contact ne pouvait se limiter au geste photographique.

 

« Ces auteurs sont souvent angoissés devant l’objectif, en raison de mauvaises expériences avec les photographes parisiens qui les malmènent. » Le tact de Patrick Devresse lui a permis de maintenir le lien. « Ce sont de grands moments de rencontre pour moi, et je leur offre ensuite un beau tirage... » À raison de dix auteurs par an durant cinq ans, le carnet d’adresse de l’Arrageois lui a donné une idée : marier images et textes lors d’une exposition intitulée Images nomades, créée à la médiathèque du Palais Saint-Vaast à Arras.

 

Vingt-huit écrivains internationaux ont accepté d’improviser sur un cliché de sa collection. Parfois en se mettant en danger, comme la vibrante Cubaine Zoé Valdès qui avoue devant la photo proposée – les genoux d’une inconnue seule sur un perron –, « tout (ici) me parle de moi, de mes douleurs, de mes mésaventures en amour ». 

 

 

Avez-vous été surpris par certains textes ?


Patrick Devresse : Oui. Nous avions demandé 1 000 signes maximum. Pia Petersen m’a envoyé un texte trop long, Dog story, mais j’ai ressenti en le lisant une telle émotion, de l’ordre du mystère, que je l’ai accepté. J’ai été surpris aussi par le Belge Vincent Tholomé ou par le texte très court de l’Haïtien Makenzy Orcel – un poème de huit lignes ! Mais en général, je retrouve dans leur texte ce que j’ai ressenti au moment de les photographier. Et bien sûr, de ceux que je connais bien, comme Lucien Suel, je pouvais deviner ce que j’allais recevoir. 

 

De quand date votre intérêt pour l’art photographique ? 

 

Patrick Devresse : J’ai découvert la photo à l’âge de 11 ans quand on m’a offert un Ultra Fex à l’occasion de ma première communion. Un grand format que j’ai manipulé sans connaissance technique. Et je me suis mis à tout photographier : des souches d’arbres, les canaux et leurs péniches, la plage – mais vides d’être humain. 

 

 

Quand avez-vous commencé à photographier des personnes ? 

 

Patrick Devresse : L’humain m’a très vite intéressé pour occuper finalement le centre de mon travail. Je faisais partie d’échanges franco-allemands à Billy-Montigny, près de Lens. Nous partions outre-Rhin lors des vacances de Pâques et je prenais en photo mes amis allemands. Par exemple une personne assise devant un château fort... 

 

Vous étiez autodidacte, techniquement ? 

 

Patrick Devresse : Oui, dans mon coin, jusqu’à mes études d’instituteur : l’écolenormale 

d’Arras possédait un labo. À l’époque mes goûts me portaient aussi vers le rock, les Rolling Stones, les Beatles. Je m’essayais à la basse, mais je n’étais pas doué, j’ai vite préféré me tourner vers la photo... 

 

Des photographes vous ont influencé ? 

 

Patrick Devresse : Au début, j’aimais Cartier-Bresson, l’agence Magnum. En général ceux qui s’occupaient de l’humain, dans la rue... Aujourd’hui je n’ai pas vraiment d’idole. J’ai des coups de cœur. Je viens d’acheter Nord, de Jérémie Lenoir, aux éditions Light Motiv. 

 

Quels étaient alors vos sujets, lors de ces années de formation ? 

 

Patrick Devresse : Autrefois le droit à l’image n’était pas aussi compliqué qu’aujourd’hui, donc je prenais des clichés dans la rue. Pendant un an, j’ai aussi photographié mes élèves lors des récréations, tout en les encourageant eux-mêmes à prendre des photos. L’époque était excitante, car le ministère de la Culture, impulsé par Jack Lang, venait de créer les artothèques. Je souligne d’ailleurs la richesse incroyable en photos de celle d’Hénin-Beaumont. 

 

À quel moment votre travail change-t-il de dimension ? 

 

Patrick Devresse : J’étais donc instituteur et, en parallèle, je photographiais. L’Éducation nationale a vite repéré cette passion, via l’inspection d’académie. Cela m’a permis de participer à l’opération « photo folie » en 1990, puis de travailler avec le Centre national de la photographie. Certains de mes élèves ont aussi pu participer à de grandes expositions. Les jeunes talents ne manquent pas, comme Ludovic Waugrand, actuellement exposé à l’office culturel d’Arras... 

 

 

 

Quels sont les trois principaux jalons de votre carrière ? 

 

Patrick Devresse : D’abord l’exposition sur les Droits de l’homme, commandée par la MAC de Sallaumines, lors du bicentenaire de la Révolution. Un travail qui a ensuite représenté le Nord – Pas de Calais à La Villette, puis fut exposé 40 fois ! Ensuite, en 2004, une expo sur les sauveteurs en mer : grâce à un ami sauveteur, Philippe Darques, j’ai vécu une formidable aventure humaine sur leur bateau, mais aussi chez eux. Enfin, le prix Jeunes talents de SFR au Grand Palais, en 2011, lors de Paris-Photo. Ironique pour un septuagénaire ! 

 

De nombreux photographes font du nu, vous non... Tout au plus voit-on un dos, un genou, un mollet, des cheveux... Effectivement. Dans le nu, il y a une forme de marchandisation, sinon du voyeurisme. Moi c’est la vie qui m’intéresse. Je préfère observer la main d’une vieille dame.

 

Votre actualité et l’avenir proche ? 

 

Patrick Devresse :​ Je viens de faire une lecture/projection avec l’un des écrivains d’Images nomades, Christian Garcin, à la Maison de la poésie à Paris. Nous effectuons un travail de mini-fictions, qui devrait sortir en 2017 aux éditions du Bec en l’air. 

 

Propos recueillis par Geoffroy Defrennes

 

Exposition photographique et littéraire avec la participation de 28 écrivains internationaux Pour toute demande de présentation ou renseignements : pat.devresse@free.fr

 

Crédits photos : Patrick Devresse

 

 

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais