“Immense humaniste”, Umberto Eco a rendez-vous avec Satan

Cécile Mazin - 22.02.2016

Edition - International - Umberto Eco Satan - livre Italie - hommages décès


Les hommages au romancier Umberto Eco n’ont pas manqué ici, et ailleurs. Décédé à l’âge de 84 dans la nuit du 19 au 20 février, l’écrivain reviendra dans un dernier ouvrage. La maison d’édition qu’il avait cofondée, La Nave di Teseo, sortira un recueil d’essais prévus pour mai, en fin de semaine. Et en attendant, l’émotion reste forte.

 

Umberto Eco (e Piero Angela) #festivalcom

Alessio Jacona, CC BY SA 2.0

 

 

« Un immense humaniste », assure François Hollande, dans un communiqué, qui retient de l’écrivain tant l’homme à l’aise dans la bande dessinée que dans l’histoire médiévale. « Il n’était jamais fatigué d’apprendre et de transmettre son immense érudition avec verve et humour. [...] Ses œuvres ont inspiré le cinéma et suscité des curiosités jamais assouvies. Les bibliothèques ont perdu un lecteur insatiable, l’université un professeur éblouissant et la littérature un écrivain passionné. »

 

Pour Manuel Valls, c’est « une conscience européenne qui nous quitte ». Et « un immense conteur ». 

 

Le réalisateur Jean-Jacques Annaud, qui avait travaillé avec lui pour l’adaptation de son roman Le Nom de la Rose, évoque auprès de l’AFP « un modèle, un personnage inoubliable. C’est l’humain, le bipède, préféré de ma vie. C’était à la fois un immense érudit et un très bon vivant. »

 

Il se remémore l’homme gourmand, heureux de partager son savoir. « Je me rappelle qu’un jour, j’entends un magnifique solo de flûte, c’était Umberto qui interprétait Vivaldi, a confié le cinéaste. Après, on est allés manger dans un bistrot du coin, des pâtes au fromage dont il s’est goinfré. C’était ça, Umberto. Un personnage d’une gaieté folle. » 

 

C’est qu’au départ, le choix de Sean Connery n’avait pas vraiment emballé le romancier, quand Jean-Jacques Annaud le suggéra pour le rôle principal. Cela « l’avait catastrophé, sauf que quand il a vu le film, il a dit que c’était la chose la plus réussie ». 

 

"Une légéreté dans les échanges"

 

L’homme qui traduisit ses ouvrages en français, Jean-Noël Schifano, parle d’une personnalité ronde « de chair, de cœur et carré d’esprit ». Et d’ajouter : « Rondeur dans le contact, l’amabilité, l’écoute et en même temps carré dans la vivacité, les répliques, la captation des réalités. C’était le plus rond des hommes et en même temps le plus carré. »

 

Parlant de la fabrication de ses livres, le traducteur s’incline devant la capacité à introduire les savoirs de tout temps, au sein même de ses intrigues. « À tous les niveaux, il introduisait une légèreté dans les échanges. On pouvait parler des choses les plus sérieuses et, tout d’un coup, ça devenait léger et rieur, parce qu’il avait une telle possession du savoir. »

 

Benrard Pivot ne pouvait pas non plus manquer ce triste rendez-vous : sur Twitter, il évoque un géant, à qui « on donnait un mot et ce mot faisait aussitôt lever dans son esprit 2 souvenirs, 3 histoires et 4 réflexions ».  

 

L’éditrice de la maison La Nave di Teseo, Elisabetta Sgarbi, a annoncé que la parution de l’ouvrage Pape Satàn aleppe avait été avancée à la fin de cette semaine. « Nous avons travaillé ensemble durant 25 ans. Et nous avons récemment créé ensemble La Nave di Teseo [... le] dernier geste d’Eco au nom du respect de la pluralité de l’offre et de la protection des droits d’auteurs et des éditeurs », expliquait-elle.