Italie : réunir les ouvrages jamais parus pour construire la mémoire du pays

Nicolas Gary - 05.06.2015

Edition - Bibliothèques - Dario Franceschini - bibliothèque nationale - livres jamais publiés


Le projet du ministre de la Culture italien semblerait presque farfelu, ou borgesien, plus probablement. Voici qu’au détour de réflexions personnelles, Dario Franceschini, sur le réseau Twitter, envisage une bibliothèque inédite : elle réunirait les ouvrages inédités, jamais publiés. Et alors que, dans le pays, 6 personnes sur 10 ne lisent pas de livres, l’idée est immédiatement sujette à la controverse. 

 

Dario Franceschini - Frankfurt Buch Fair

Dario Franceschini - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Au cours de la cérémonie du concours national « Scriviamoci. Passami i tuoi pensieri e le tue emozioni in 30 righe » (Nous nous écrivons. Livre-moi tes pensées et tes émotions en 30 lignes), le ministre du Patrimoine et des activités culturelles twweete 

 

 

Nous ferons la Bibliothèque nationale de l’inédité. Un lieu où réunir et conserver pour toujours les romans et les récits des Italiens, jamais publiés

 

 

« Je voudrais lancer une nouvelle initiative, la Bibliothèque nationale de l’inédité, dans laquelle réunir toutes les œuvres non publiées qui sont dans notre pays. Ce serait la mémoire de tout un pays. Qui sait combien d’histoires de familles, combien d’histoires perdues qui ferait [notre] mémoire ? », précisera le ministre

 

Et d’affirmer que, certainement nombre d’Italiens n’osent pas se mettre à écrire, par crainte d’avoir à affronter les regards. « Mais l’écriture est une thérapie unique », souligne-t-il. « Un acte de créativité et de liberté que tout le monde devrait pratiquer », appuie le ministre, pour soutenir son idée. (via Diregiovani)

 

Évidemment, les solutions d’autopublication existent aujourd’hui, et se sont démocratisées, au point que l’édition à compte d’auteur finira bien par mourir, seule, dans un trottoir bien crade. Les plateformes disposant de livres numériques gratuits comme le Projet Gutenberg, hébergent également des œuvres du domaine public se retrouvent sur internet. 

 

En somme, le projet du ministre s’inscrirait donc dans une continuité de préservation. Un poil insensé, sans être totalement déraisonnable. Une base de données en ligne permettant de consulter, ou d’accéder aux œuvres, pour partie, serait tout à fait simple à mettre en œuvre. Le tout sur la base d’une contribution volontaire. Bref, insolite, mais pas impossible.

 

Sauf qu’un flot de remarques oscillant entre le cynisme et le mépris a déferlé, rabaissant le ministre au rôle de joyeux farfelu. Ou d’écrivain un peu perturbé – après tout, Dario Franceschini est auteur de plusieurs romans (publié chez Bompiani), son intérêt pour les livres inédités ne manque pas de sens. 

 

Que ce soit pour railler ouvertement, ou tenter de faire revenir le ministre à la raison – « jamais publiés, parce que peut-être mauvais, ces livres » ? – les internautes s’en sont donné à cœur joie. Certains proposeront donc de construire le musée de la science inexacte, où publier toutes les recherches sans fondement scientifique. 

 

 

 

 

D’autres proposent de monter une bibliothèque des documents Words sauvegardés sans être nommés. 

 

 

 

 

Bref, la conversation fut animée...

 

Reste que pour certains, si les Italiens lisent peu, les lecteurs gardent le besoin du papier, et une graphomanie galopante, qui leur fait préférer une bibliothèque physique et palpable, à des appareils numériques. Et puis, un établissement contenant tout ce qui n’a jamais été publié... peut-être avec la capacité de stockage du Vatican ? Il reste certainement un peu de place dans les caves.