Implantation et professionalisation : l'autoédition progresse en Europe

Julien Helmlinger - 21.11.2013

Edition - International - Autoédition - Professionalisation - Implantation


Avec l'essor des plateformes d'autoédition accueillant désormais toutes sortes de manuscrits, il devient plus facile que jamais de commercialiser son livre. Si tous ne sont certes pas appelés à s'imposer sur le marché comme des best-sellers, à la manière des Fifty Shades of Grey, la pratique gagne du terrain en Europe. La plateforme Books on Demand a commandé une enquête illustrant le phénomène, menée courant août en France, Allemagne, Finlande, Suède, Autriche, Suisse, au Danemark, auprès de 1748 de ses auteurs âgés entre 12 et 88 ans.

 

 

 Une pratique qui imprime peu à peu le marché

CC by 2.0 par Waag Society

 

 

Selon Books on Demand, qui est passé de 3000 auteurs à quelque 25.000 entre 2003 et 2013, l'implantation et la professionnalisation de l'autoédition ne cessent de se développer en Europe tandis que le nombre d'auteurs qui en tirent des revenus devrait croître en parallèle. L'enquête précise que 12,5 % des auteurs interrogés considéreraient déjà leur publication comme une source de revenus.

 

Un âge d'or aux Etats-Unis et des balbutiements en Europe

 

Les auteurs indépendants, sur le devant de la scène lors de la Foire de Francfort, représenteraient 3 % du chiffre d'affaires du marché du livre français, en 2012, contre 17 % aux États-Unis, où l'on évoque désormais un « âge d'or » et une croissance de 422 % du volume des publications en 5 ans.


Un tiers des auteurs européens ayant mis à profit l'autoédition ont déjà publié chez un éditeur traditionnel, alors qu'ils sont 34,2 % à assurer avoir opté délibérément pour l'autoédition. Si en France comme en Allemagne ils sont presque un tiers à avoir publié au moins quatre livres en auto-édition, sur le marché réticent de Suède, ils ne sont que 7,8 %.


Le plein contrôle sur les contenus aura conduit 68,2 % des auteurs sondés à opter pour la nouvelle pratique, contre 64,8 % convaincus par la simplicité, quand la possibilité de conserver le plein contrôle des droits en aura attiré 51,6 %. Ils sont 48,1 % à reconnaître n'avoir pas eu d'autre possibilité de publication. Pour Book on Demand et dans la majorité des cas observés il n'existerait plus de différence qualitative entre auteurs de maisons d'édition et auteurs indépendants.


Quand certaines autoéditions ont conduit à de véritables success stories mondiales, comme les Fifty Shades of Grey ou encore le Cross Fire de Sylvia Day, pour d'autres titres ce fut la déception à l'arrivée. Même Stephen King a connu un loupé avec The Plant. En France, Les gens heureux lisent et boivent du café, par Agnès Martin-Lugand, autoédité sur Amazon avant d'être publié par Michel Lafon, s'est écoulé dans une vingtaine de pays et bénéficiera d'une adaptation cinématographique.

 

Comme l'explique l'autoéditeur, désormais « grâce aux plateformes des médias sociaux, les auteurs autoédités disposent de canaux de marketing efficaces pour atteindre directement un large public ». Un tiers des sondés confient investir plus de 200 euros dans les prestations proposées, comprenant le design, la relecture, la promotion, les Suisses étant les plus dépensiers.

 

Au niveau européen, les genres que les auteurs autoédités affectionnent le plus sont les guides pratiques pour 32 % des sondés, la littérature pour 30,8 %, ou encore les ouvrages spécialisés pour 27,3 %. En France, la part des auteurs autoédités motivés par la reconnaissance serait la plus faible, à l'opposé de la Finlande où ils seraient majoritaires.

 

Des spécialistes et d'autres géants sur la niche

 

Chacune dotée de ses propres caractéristiques, les plateformes dédiées à l'autoédition comprennent notamment Books on Demand, Edilivre, MonBestSeller, WeLoveWords, TheBookEdition ou encore Lulu. Via le Kindle Direct Publishing et iBooks Author, Amazon et Apple sont également positionnés sur le créneau.

 

En Allemagne, tandis qu'Amazon se trouve contraint par un prix unique du livre pratiqué sur le marché, qui l'empêche de pratiquer du discount sauvage, l'autoédition constitue un autre moyen pour développer son activité. Tandis que sur ce terrain, les détaillants locaux de livres numériques ne disposent pas encore de programmes véritablement dédiés à l'autoédition, quasiment la moitié des 100 meilleures ventes germaniques d'Amazon concernent des titres autoédités, et un tiers via le programme KDP qui prévoit une clause d'exclusivité. Une situation qui permet au géant de s'installer confortablement.


Le premier livre autoédité à s'inscrire dans l'histoire des prix littéraires n'est autre que L'homme qui arrêta d'écrire, de Marc-Edouard Nabe, sélectionné pour le Renaudot 2010.