Incendie de l'Institut d'Egypte, sur les ruines d'un héritage

Clément Solym - 19.12.2011

Edition - Bibliothèques - Institut - Egypte - Molotov


Les nouveaux incidents Place Tahrir en Égypte ont fait des victimes. Mais pas seulement humaines. L'Institut d'Égypte, fondé par Napoléon, n'est désormais plus qu'une ruine calcinée dont la structure menace à tout moment de s'effondrer.

 

À deux pas de la place désormais célèbre, le bâtiment séculaire s'est retrouvé pris entre deux feux, celui des manifestants d'un côté et celui des forces de l'ordre de l'autre. Si les circonstances de l'incendie restent floues, les autorités parlent de cocktails Molotov lancés depuis la foule.

 

Malgré l'ardeur des bénévoles, aidés par les pompiers, pour récupérer les documents qui pouvaient encore l'être, certains documents de grande valeur sont partis en fumée. La volonté de sauvegarder ce qui peut encore l'être et surtout de prévenir des pillages anime la population. C'est notamment le cas d'une inestimable édition originale de la Description d'Égypte, somme des connaissances accumulées par les savants de l'expédition de Bonaparte. 

 

 

Une perte qui « remplit de tristesse de de désarroi »  Raouf el-Weedy, ancien ambassadeur d'Égypte à Washington et membre de l'Institut. L'AFP rapporte les propos du ministre de la Culture qualifiant l'incendie de « catastrophe pour la science » et prévoyant la « formation d'un comité de spécialistes de la restauration des livres ».

 

L'institut d'Égypte, fondé en 1798 par Napoléon Bonaparte lors de sa campagne, avait pour but avoué de faire progresser la recherche scientifique. Une progression technique qui allait de pair avec la logique précoloniale de Napoléon à l'époque. De là à dire que l'incendie de ce bâtiment et de ses quelque 200,000 ouvrages s'inscrit dans la volonté de liberté du peuple égyptien, il n'y a qu'un pas...

 

Que l'on ne se permettrait de franchir.

 

Préserver, une vocation

 

Il faut se souvenir qu'à la période où les violences ont commencé en Égypte, le Musée du Caire avait subi l'assaut de pillards. En face, la bibliothèque d'Alexandrie, également menacée, avait été fermement défendue par la jeunesse égyptienne, soucieuse de préserver son patrimoine. 

« La bibliothèque est en sécurité, grâce à des jeunes d'Égypte, que ce soit le personnel de la bibliothèque ou des manifestants, qui se joignent à nous dans la protection de l'établissement contre les vandales et les pilleurs possibles », précisait Ismail Serageldin, directeur de l'établissement.

 

Devenue un symbole de fraternité, c'est une véritable chaine humaine qui s'était constituée autour de la bibliothèque pour la protéger. « La bibliothèque est en sécurité, grâce à des jeunes d'Égypte, que ce soit le personnel de la bibliothèque ou des manifestants, qui se joignent à nous dans la protection de l'établissement contre les vandales et les pilleurs possibles », avait affirmé le 30 janvier, le directeur, alors que la situation dans le pays était déjà particulièrement violente.