Inclusion : “La langue ampute les femmes de l’estime de soi”

Victor De Sepausy - 28.10.2019

Edition - Société - langue grammaire inclusif - genre femme homme - langue accord


Wendy Delorme apporte sa contribution dans le débat sur la question du genre et de cette sacro-sainte linguistique. Homme, femme, tout un mode d’emploi grammatical à réviser ? La romancière n’y va pas par quatre chemins.


C'st clair ?  pixabay licence

 

« Je ne suis pas chez moi dans la langue où j’écris, la langue de mon pays, la langue qui m’a faite, dont j’ai fait mon métier, moi, qui suis enseignante, chercheure et écrivain », écrit Wendy Delorme dans une tribune publiée par Libération

Et de poser calmement le lien de subordination que la langue introduit : quand bien même 100 femmes seraient comptées dans une phrase, il suffit d’un seul homme pour qu’en cas d’accord, le masculin l’emporte. 

Voilà des mois, des années que cette question se pose, revient, lancinante : même l’Académie française avait du bout des lèvres concédé que l’évolution des titres et fonctions pouvait s’entendre.

« S’agissant des noms de métiers, l’Académie considère que toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd’hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées, pour peu qu’elles ne contreviennent pas aux règles élémentaires et fondamentales de la langue, en particulier aux règles morphologiques qui président à la création des formes féminines dérivées des substantifs masculins », avançait le quai de Conti en février dernier.

Mais dans les faits, l’évolution est lente, et régulièrement, il faut revenir aux bases, à l’évidence. « Dans ma langue, je me sens, au mieux une passagère, pas vraiment clandestine, mais jamais légitime. » Et de frapper plus fort : « La langue ampute les femmes de l’estime de soi depuis qu’il fut admis en des temps reculés que le masculin règne pour cause de noblesse. »
 
Or, même quand des approches inclusives voient le jour, il s’en trouve pour demander que l’on cesse une pratique « qui désunit et enlaidit la langue française ». Comment répondre à ceux qui brandissent une dimension esthétique, face au besoin d’exister dans son propre langage ? Réponse de Wendy Delorme : « La grammaire n’est pas une chose apolitique, et l’hégémonie mâle en son sein est solide. »

Le terme même d’inclusion comporte ses propres limites : comme un cercle qui s’élargirait par mansuétude… et un peu par condescendance. « C’est la maison du maître qui veut bien m’inviter. Je parle donc une langue qui est impérialiste. Qu’on a apprise de force aux peuples colonisés », poursuit-elle.

De l’hégémonie culturelle de longue date instaurée, à l’extérieur comme à l’intérieur des frontières du territoire. Il faut se résoudre, se soumettre suggère l’autrice : « À une certaine idée de ce que serait la culture française. À une certaine idée de ce qu’est ce pays. »

Ou pas ?


Commentaires
Oui, il faut réformer notre langue, car elle a toujours évolué au fil des siècles. Mais que se passera-t-il si l'on décide qu'il faut dire et écrire : "quelle heure est-ELLE ?", "demain, ELLE va pleuvoir ?", "ELLE faut y aller" ?

Je ne suis pas contre, ce sera une question d'habitude. On a mis le masculin en avant pendant vingt siècles à peu près, CHACUNE son tour...
Achille, remplacer le masculin par le féminin ne ferait qu'inverser le déséquilibre...

Une solution réelle serait de créer un genre neutre singulier et pluriel. Il pourrait servir au pluriel des énumérations comptant des noms féminins et masculins – même de personnes. Ce serait amusant à inventer ! Je veux bien faire partie de la commission qui s'y collera!
Je comprends la colère de certaines personnes quand on touche à la question des genres dans la langue française. Elle (la langue) est difficile, tordue même (à croire qu'elle se fout de nous - mâles et femelles); on a dû l'apprendre en peinant. Et la "mieux" pouvoir pratiquer a tenu de l'effort continu, du combat, d'une certaine victoire et la satisfaction de supposer qu'on la domine. Mais cette langue n'a-t-elle pas un grain de folie avec son arsenal d'exceptions à des règles sacrées - tant grammaticales qu'orthographiques? Folie dure? Folie douce? Celle qui rend fou ou dont on est fou? Pourquoi ne pas accepter simplement qu'elle es folle et que, malgré tout, on peut l'aimer à la folie, avec ses manies bizarres, ses incohérences quant au genre même de tous les noms de tous les lexiques? A force de la tripoter, la maltraiter, la corrompre (sur les réseaux sociaux par exemple), lutter contre elle et la déchirer, elle foutra le camp, nous laissera Gros-Jean comme devant au grand dam des défenseurs de la francophonie. L'être humain est fait tant de chair que de mots, attention! Simplifier à outrance sa langue risque de le réduire, lui, à un tas de poussière.

Ceci dit, je trouve la solution suggérée par "Mise en trope" très sympa: plus on est de fous, plus on rit. Cela lui fera une mise en plis, au français!
Jujube, puisque vous voulez, je vous cite, "la "mieux" pouvoir pratiquer", signalons que le bon usage de la langue, ou du moins un usage plus soutenu, veut qu'on dise "cela dit" et non "ceci dit". Mais il est bon aussi de ne pas toujours s'en tenir au bon usage, afin de laisser vivre et évoluer la langue.
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