Inde : le dessinateur Aseem Trivedi est sorti de prison

Clément Solym - 13.09.2012

Edition - Justice - Inde - Liberté d'expression - Aseem Trivedi


Le caricaturiste politique, emprisonné pour acte de sédition, a été libéré sous caution après que le gouvernement local a accepté d'examiner les accusations portées contre lui. Le dessinateur risque une peine d'emprisonnement à vie, pour avoir représenté le parlement sous les traits d'un pot de chambre géant. Il dénonce la corruption et le non-respet du droit d'expression en Inde. Il a accepté sa libération moyennant une caution personnelle de 5 000 roupies (70 euros).

 

 

 

 

Aseem Trivedi a été arrêté dimanche, et placé dans la prison d'Arthur Road à Mumbai. Un militant politique s'était plaint que sa caricature insultait le pays. Cette arrestation justifiée par une archaïque loi coloniale a provoqué les protestations spontanées des défenseurs de la liberté d'expression et des partis d'opposition. Un jour plus tard, le ministre de l'Intérieur de l'État du Maharashtra a déclaré que le gouvernement examinera son cas.

 

Quand il a quitté la prison, mercredi, des manifestants l'attendaient dans la rue à renfort d'acclamations et de drapeaux. Jusqu'ici il avait lui-même refusé sa libération sous caution, attendant les promesses du gouvernement de réviser les accusations à sa charge. 

 

Le caricaturiste s'est exprimé face aux journalistes : « Quand vous entendez parler du mot "sédition" vous devez le transposer en 1857, là où il y a un roi et des sujets qui ont peur de le critiquer. Nous devons repenser la loi. »

 

L'avocat local, Sanskar Marathe, a ajouté : « [L'arrestation] a été illégale, mauvaise en loi et injustifiée ». Selon lui il est impensable que de simples caricatures puissent être retenues comme justifiant l'accusation grave de sédition.

 

L'arrestation a provoqué le tollé dans les médias et les cercles sociaux, pour le motif de violation des droits fondamentaux. L'homme de loi a soutenu une pétition, laquelle soutient que : « Le droit à la liberté d'expression garantie selon l'article 19 (1) de la constitution indienne serait sérieusement menacé si les activistes sociaux et les caricaturistes sont arrêtés pour sédition. »

 

En 2012, le dessinateur free-lance a été l'un des deux vainqueurs du Courage in Editorial Cartooning Award, décerné par la Cartoonists Rights Ntework International. Il n'est pas la première figure à pâtir de la loi aujourd'hui décriée. En 2010 : le lauréat du Booker Prize et activiste, Arundhati Roy, a fait face à des accusations de sédition pour avoir remis en question les prétentions indiennes sur la région du Kashmir. Et cette année encore, Binayak Sen, un médecin oeuvrant auprès des tribus de l'État de Chhattisgarh, a été condamné à la prison à vie avant d'être libéré.