Inde : les livres en anglais deviennent un enjeu essentiel

Clément Solym - 27.04.2015

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Le marché indien est particulièrement compliqué pour les libraires, reconnaissait dernièrement Chiki Sarkar. Elle a pourtant décidé de quitter la compagnie Penguin Random House India, le 23 avril dernier, pour monter sa propre structure. Après huit années à la tête de la maison, elle a tout de même confiance dans le développement du livre. 

 

 

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Crédit site de Chetan Bhagat

 

 

Chiki Sarkar sera remplacée par Patriksha Ghildial, et PRH India continuera malgré tout d'être le premier éditeur du pays en langue anglaise. Ce départ semble d'ailleurs refléter un certain enthousiasme en Inde : les changements stratégiques opérés au sein du groupe anticipent autant qu'ils suivent les modifications du secteur.

 

Le marché indien des livres anglais est en effet en plein essor, et devrait devenir le troisième plus important au monde, au cours des 10 prochaines années. Plusieurs éditeurs internationaux ont investi les lieux, ouvrant des succursales dans la capitale. 

 

Avec plus d'un tiers de sa population âgée de moins de 30 ans, le profil démographique intéresse tout particulièrement. L'alphabétisation est en constante augmentation et l'anglais se développe dans la classe moyenne. C'est sur ce point que tablent les éditeurs de langue anglaise.

 

Une meilleure disponibilité des livres, et l'intérêt du public portent ainsi le marché. Agatha Christie et PG Wodehouse ne sont cependant plus les grandes stars de l'édition : aujourd'hui, Jeffrey Archer est devenu l'auteur favori en Inde. Probablement parce que ses histoires font écho à des attentes des lecteurs, estime-t-il : « Mes livres parlent souvent d'une personne qui vient de nulle part et accomplit quelque chose de grand, ce que chaque Indien espère qu'il lui arrivera. »

 

Un auteur comme Chetan Bhagat montre d'ailleurs que la fiction grand public est également très convoitée. Véritable phénomène éditorial, son roman Five Point Someone, paru en 2004, est entré au panthéon des best-sellers.

 

Les critiques ne manquent pas : écrits en anglais, ses livres opéreraient un nivellement par le bas. Mais il s'en défend : il recherche l'accessibilité, même pour des lecteurs dont l'anglais ne serait qu'une deuxième ou troisième langue. Ou ceux qui n'auraient jamais acheté de livres en anglais par le passé.

 

Son éditeur, Kapish Mehra de Rupa, qui fut le premier à faire paraître les livres du romancier note d'ailleurs que sa prose parvient à toucher un large lectorat. « Aujourd'hui, nous avons trois générations d'Indiens anglophones, et cela continue de croître. À chaque nouvelle génération, nous sommes évidemment en train de créer un marché plus important. »

 

Le succès de Bhagat inspire également d'autres écrivains, qui cherchent à copier le style : langage simple, récits rythmés, beaucoup d'humour, et surtout des récits qui évoquent la modernité et la vie des Indiens dans les villes. 

 

En 2011, l'Inde représentait un marché éditorial de 1,4 milliard €, avec 40 % de la production nationale qui se fait en langue anglaise. Des informations communiquées par le CNL et l'Institut français indiquaient qu'en 2008 et 2013, le volume d'exportation vers l'Inde était passé de 1,125 million € à 587.000 €. De 2008 à 2011, le marché s'est en effet nettement réduit, avant de connaître une embellie en 2011 et de rechuter en 2013.