Inde : Taslima Nasreen accueillie par des intégristes, contrainte de fuir

Victor De Sepausy - 03.08.2017

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Les intégristes n’en ont pas fini avec l’auteure Taslima Nasreen. Alors que cette dernière quittait le Bangladesh pour une visite, la police d’Aurangabad a été contrainte d’intervenir. Arrêtée au sortir de l’avion, Nasreen était attendue par des membres du All India Majlis-e-Ittehadul Muslimeen, groupe farouchement opposé... à sa seule existence.



 

 

« Je rêvais de visiter les grottes d’Ellora et d’Ajanta. Je ne peux pas croire que cela soit possible dans la plus grande démocratie du monde. Personne sauf la police d’Aurangabad n’était informé de mon itinéraire ni de mon voyage. Je me demande comment les fanatiques font pour tout savoir », s’est inquiétée l’auteure sur les réseaux. 

 

Des centaines de manifestants, selon les témoignages de la presse locale, attendaient l’auteure devant l’hôtel où Nasreen avait effectué une réservation, pour trois nuits. Elle avait prévu de quitter le Bangladesh pour Delhi, pour une escale, avant de partir pour Bombay, puis directement vers Aurangabad. 

 

Mais la police a prévenu l’intéressée, lui conseillant de reporter son voyage. « Il existe déjà des tensions et une sécurité accrue dans la ville, en raison de démolitions, actuellement, de structures religieuses illégales », indique Imtiyaz Jaleel, représentant de l’AIMIM. « Les remarques et écrits [de Taslima Nasreen] ont heurté les sentiments religieux des musulmans à travers le monde. » 

 

Conclusion, ce voyage ne pouvait se faire. C’est qu’à l’arrivée devant l’aéroport, un regroupement d’hommes brandissant des pancartes de protestations ont incité les autorités à une plus grande prudence encore. « Nous ne lui permettrons pas de marcher sur le sol de notre ville », poursuit le porte-parole. 
 

L’autocensure sévit au Bangladesh et inquiète Taslima Nasreen


Un officier de police reconnaît en effet que les manifestants – tant à l’aéroport qu’à l’hôtel – disposaient d’excellentes informations, bien trop précises. Une enquête a été ouverte pour définir les responsabilités de chacun. 

 


 

Pour Amnesty International, cette situation est insupportable : « La police doit protéger le droit à la liberté de mouvement de chacun, elle ne peut permettre qu’un groupe de fanatiques décide où les individus ont le droit de se rendre, suivant leur goût ou leur répugnance. » Et de poursuivre : « Les gouvernements des États ne devraient pas permettre que les droits fondamentaux soient ainsi pris en otage si aisément. »
 

Bangladesh : l’auteure Taslima Nasreen tire la sonnette d’alarme

 

À ce jour, Nasreen est une citoyenne suédoise : elle vit en exil au Bangladesh depuis 1994, date à laquelle les extrémistes musulmans ont estimé qu’elle n’avait plus le droit de vivre. Elle avait obtenu un visa d’un an, du gouvernement indien, pour se rendre sur le territoire, à compter du 23 juillet 2017.