Inde : un juge encourage un auteur opprimé à profiter de sa liberté d'expression

Orianne Vialo - 23.08.2016

Edition - International - liberté d'expression inde - liberté expression One part woman - one part woman critiques


L’auteur indien Perumal Murugan a longtemps été critiqué par les partis conservateurs d’inde pour son roman Madhurobhagan (trad. de l’hindi à l’anglais par Aniruddhan Vasudevan aux éditions Penguin sous le titre One Part Woman, 2014). Ces derniers avaient demandé la censure de l’ouvrage. Dépité, l’auteur avait fini par renoncer à son statut d’écrivain. Touché par son histoire, le juge en charge de son affaire, l’a encouragé à continuer à écrire. 

 

 

 

Il pensait ne plus jamais reprendre sa plume. Dans son ouvrage One Part Woman, Perumal Murugan raconte l’histoire d’un couple, Kali et Ponna, qui sont mariés depuis 10 ans. Ils sont raillés par leur communauté, car ils n’ont toujours pas d’enfant.

 

À cause de la pression sociale qui pèse sur eux, Ponna est poussée à participer à un rituel religieux local, organisé au Temple Ardhanareeswarar, à Tiruchengode. Ce dernier autorise les femmes sans enfants à avoir des relations sexuelles avec des étrangers, pour concevoir un enfant. 

 

Le Bharatiya Janata Party — un des deux principaux partis politiques indiens — et le Rashtriya Swayamsevak Sangh — un groupe nationaliste hindou de droite — ont vivement réagi aux écrits de Perumal Murugan, les qualifiant de blasphématoires. L’auteur avait même été contraint par les autorités locales, de leur écrire des excuses.

 

Malgré cela, les deux partis politiques avaient quand même demandé la censure de l’ouvrage et le retrait en points de vente de tous les invendus de One Part Woman.

 

Il avait publié dans la foulée sur son compte Facebook : « L’écrivain Perumal Murugan est mort. Comme il n'est pas un dieu, il ne va pas ressusciter. Il n'a pas non plus foi en la résurrection. C’est un professeur ordinaire, qui vivra en tant P. Murugan. Laisse-le tranquille. » Il sombre alors dans une profonde dépression.

 

Cependant, véritable coup de théâtre le mois dernier. La Haute Cour de Mandras à Chennai (Inde) rendait une décision pour la moins surprenante. Le juge Sanjay Kishan Kaul avait rejeté la demande de censure de l’ouvrage de Perumal Murugan. « Tous les écrits, désagréables pour une partie de la société, ne peuvent pas être étiquetés comme obscènes, vulgaires, dépravants et immoraux », en soulignant que « l’un des droits les plus chers en vertu de notre Constitution, est de parler et d’écrire ce que l’on pense ». 

 

Il avait aussi conseillé à tous ceux qui avaient critiqué le manuscrit de simplement le jeter. « Que l’auteur fasse ce pour quoi il est le plus doué. Écrire » avait demandé le juge. Une « décision de justice » que l'auteur a accueillie avec soulagement. D'autant plus que cette décision du juge envoie un message fort, à un moment où la liberté d'expression est menacée par les tentatives du gouvernement de museler la dissidence, et de donner plus de voix aux groupes conservateurs. 

 

Malgré tout, l'auteur a précisé qu'il faisait désormais attention à tous les mots qu'il employait, car il ne se sent pas complètement à l'abri de nouvelles menaces et critiques.