Inde : un marché du livre en pleine mutation

Camille Cornu - 28.01.2016

Edition - International - Inde - stratégie éditoriale - édition mutation


Selon Nielsen, le marché du livre indien serait le sixième plus important du monde (il est estimé à 3,9 milliards de dollars) mais également le second plus important en termes d’édition anglophone. Il est surtout en pleine mutation et tente de s’ajuster, notamment dans le domaine du numérique. 

 

Vision :"A Book in Every Child's Hand"

Pratham Books, CC BY 2.0

 

 

Le marché est principalement dominé par la publication de livres scolaires, alors que l’Inde a le troisième plus important système éducatif du monde. 

 

Les Institutions d’enseignement supérieur reçoivent de bons financements du gouvernement, qui entend désormais se concentrer sur l’acquisition de ressources électroniques... Qui sont en effet un marché florissant en Inde, surtout pour l’éducation. Il est malheureusement difficile d’obtenir des chiffres précis sur le secteur du numérique dans l’enseignement, mais les acteurs du domaine confirment une hausse du numérique : 

 

« Nos ventes de livres imprimés et numériques croissent parallèlement, et notre but est d’avoir les titres dont nos clients ont besoin, peu importe le format. Les stratégies marketing traditionnelles ne fonctionnent plus pour ce marché. De nos jours, on travaille à personnaliser les catalogues et les campagnes marketing », confie Nitasha Devasar, directrice du management chez Taylor & Francis India.

 

Un marché en quête d'ajustements

 

Mais elle confirme également que le marché indien reste le troisième plus important pour les ventes de livres imprimés, et que son groupe continuera à investir dans cette branche. Quelques régularisations sont malgré tout attendues par les professionnels du secteur. Si le marché de l’ebook avait du mal à s’installer en Inde, en raison, notamment, d’un trop faible taux de pénétration d’internet, Amazon n’avait pas hésité à lancer des stratégies marketing très agressives pour s’installer dans le pays, à des prix défiant toute concurrence, et ayant d’ailleurs fini par l’éliminer

 

Pour Devasar, le manque se situe notamment au niveau du marketing de contenu : « Il s’agit d’aider les utilisateurs à savoir ce dont ils ont besoin et à pouvoir le trouver. »  La limitation de l’open access est particulièrement problématique, et le marché du livre gagnerait beaucoup à ce que la recherche soit librement accessible, avec des durées d’embargo beaucoup plus courtes qu’à l’ouest : c’est un des buts des institutions gouvernementales, qui sont 95 % à s’en trouver affectées. Cet accès à l’open acces « pourrait améliorer les recherches et la visibilité des auteurs indiens », explique Devasar, qui cherche à améliorer leur exportation. 

 

Un autre ajustement attendu serait de pouvoir permettre aux éditeurs de vendre des journaux à prix privilégié aux institutions gouvernementales. La lutte contre le piratage est bien sûr également au tableau, quand la connaissance du copyright est assez faible. C’est devenu assez clair lorsque Flipkart n’a plus été en mesure de faire le poids face à Amazon.

 

L'occasion de tester de nouvelles stratégies de vente.

 

Bipin Shah, propriétaire de la maison Mapin, spécialisée dans les livres d’art, note une diminution du nombre de livres d’art et de livres illustrés, alors que davantage de titres font leur apparition, notamment depuis que des galeries d’art ou autres institutions se mettent à publier. Le nouveau tirage moyen est de 1500 copies, contre 3000 l’année dernière. 

 

Pour générer des ventes, il mise davantage sur les réseaux sociaux ou sur les événements. Les chroniques dans la presse papier n’ont pas d’incidence sur les ventes de livres illustrés, dont les lecteurs sont plus jeunes et surtout plus connectés. L’éditeur compte donc davantage sur les recensions en ligne. Et avec la fermeture des librairies spécialisées, c’est aussi sur internet que Shah distribue son catalogue, à 45 revendeurs en ligne. Mais il passe également à la numérisation : « Nous numérisons tout notre catalogue pour être certains qu’aucun de nos titres ne soit jamais indisponible, et pour nous préparer à l’impression sur demande. »

 

Le marché du livre indien ne cesse de s’accroître et de se trouver de nouvelles stratégies. Les co-éditions aussi ont augmenté : « Environ la moitié de nos revenus proviennent de projets en coopération avec Reliance, Air India et Coca-Cola, et avec les propriétaires de collections d’art importantes ou uniques ». Et puisque ce sont les livres scolaires qui dominent le secteur, il s’est également lancé dans l’édition de livres de design ou d’architecture. Il confie également offrir des services de packaging aux éditeurs régionaux. 

 

 « Nous considérons les défis du marché comme des opportunités pour tester de nouvelles stratégies de vente », conclut-il.