Inde : une organisation nationaliste s’oppose aux écrivains 

Julie Torterolo - 15.10.2015

Edition - International - Rashtriya Swayamsevak - Nayantara Sahgal - Inde


Face au silence du gouvernement indien sur la vague de violence que connaît le pays, l’écrivaine indienne Nayantara Sahgal ainsi que nombre de ses confères ont décidé de retourner leur prix Sahitya Akademi — institution fondée par Nehru, sur le modèle de l’Académie française. Une protestation que la principale organisation patriotique hindouiste du pays, le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), qualifie de « tentative pour déstabiliser le gouvernement ». 

 

Nayantara_Sahgal

Nayantara Sahgal (Ramesh Lalwani, CC BY 2.0)

 

 

En août dernier, l’auteur indien Kalburgi se faisait assassiner, pour de simples rumeurs colportées : on le soupçonnait de manger de la viande de bœuf, un sacrilège en Inde. Un cas de violence loin d’être isolé depuis plusieurs mois. Devant ces attaques perpétrées, passées sous silence par le gouvernement, certains auteurs indiens, dont Nayantara Sahgal, ont alors décidé cette semaine de retourner leur récompense de la Sahitya Akademi — institut qui dépend justement du ministère de la Culture.

 

Le RSS, qu'on peut traduire « organisation volontaire nationale », particulièrement proche du parti de Modi, a alors pris la défense du pouvoir en place. Des hauts dirigeants de ce groupe ont qualifié, hier, leur mouvement de simple « tentative de déstabiliser » le gouvernement de Narendra Modi, actuel premier ministre indien, allant même jusqu’à suspecter l’honnêteté des écrivains. « Ces écrivains portent encore le modèle de Nehru de littérature et la culture... Cette situation est inacceptable », a déclaré l’ancien militant RSS Dilip Deodhar.

 

Peu de temps avant son départ pour la Foire du livre de Francfort, l’auteur Salman Rushdie avait justement pointé du doigt la situation indienne, en interpellant le Premier ministre Narendra Modi. « Il y a des attaques portées contre les libertés ordinaires, le droit de se réunir, celui d'organiser un événement où les gens peuvent parler de livres et de leurs idées librement, et sans hostilité », analysait-il. Tout cela « semble être véritablement en danger en Inde aujourd’hui ». 

 

Quelques mois avant l'élection de Narendra Mod, Salman Rushdie avait d'ailleurs signé une lettre ouverte, adressée au Guardian, dénonçant un danger pour la liberté d'expression si l'homme politique arrivait à la tête du pays...

 

(via Hindustan Times)