Indonésie : au nom de l'islam, les intégristes menacent Irshad Manji

Clément Solym - 14.05.2012

Edition - International - Indonésie - censure - violences


Les temps changent, déplore Irshad Manji, auteure canadienne qui se revendique comme musulmane. « Voilà quatre ans, je suis venue en Indonésie, et j'ai rencontré une nation de tolérance, d'ouverture et de pluralisme. Les temps ont changé. » Et pour cause, alors qu'elle devait se rendre dans le pays pour une tournée littéraire, elle s'est heurtée… aux extrémistes religieux.

 

Alors qu'elle décrivait auparavant l'Indonésie comme une terre de modération importante dans l'islam, elle s'est retrouvée dans un pays de colère et de menaces. Et les différents événements auxquels elle devait prendre part ont finalement été annulés. Son livre est jugé par les extrémistes comme un danger, provoquant des manifestations violentes, où une proche de Irshad Manji, Emily Rees, a été blessée, frappée par une barre de métal. 

 

Avec 204 millions de musulmans, l'Indonésie est le plus grand pays du monde, intégrant une majorité musulmane forte. Or, face aux intégristes, les écrits d'Irshad Manji ne pouvaient pas rencontrer le succès. Prônant un islam progressif, en 2003 avec The Trouble With Islam Today, elle venait cette fois présenter Allah, Liberty and Love, toujours dans la même veine.

 

Violences à répétition

 

Musulmane mais libre

Les livres d'Irshad Manji, 

dans notre librairie

Dès la première journée de la tournée, la police est intervenue pour mettre un terme à la rencontre dans un centre culturel de Jakarta, alors que des membres d'un front de défense de l'islam s'étaient amassés devant le bâtiment. « Les choses sont tellement graves, que les organisateurs ont dû m'emmener vers un autre étage, alors que la police avait bloqué les ascenseurs. »

 

Dans le livre, Irshad Manji raconte l'aventure d'un transsexuel, qui s'est battu contre les islamistes, pour avoir le droit, après son opération, de porter le hijab, voile destiné aux femmes. Pour les intégristes, le livre ne fait que promouvoir l'homosexualité, dans un prosélytisme intolérable. 

 

Mercredi dernier, même combat, alors que la rencontre se déroulait dans l'université Gadjah Mada, l'une des plus cotées du pays. Les autorités du campus sont également intervenues alors que des protestations nombreuses menaçaient la sécurité des participants. « Nous ne vous avons jamais acceptée en Indonésie, s'il vous plaît, retournez à votre Lesbianland », clamaient les opposants.

 

Et la romancière de témoigner que dans ces circonstances, les autorités policières s'inclinent devant les extrémistes. « Les citoyens m'ont rapporté que leur police et leur gouvernement capitulent devant ces voyous », expliquait-elle jeudi dernier. 

 

Une histoire de voyous

 

« La véritable histoire, c'est celle d'une nouvelle génération de musulmans est de plus en plus agacée par cette déférence manifestée pour ces criminels », déplorait la romancière à Radio Australie. 

 

Des propos qui ne manquent pas de faire écho à ceux de Salman Rushdie, désinvité d'une manifestation littéraire, le Salon de Jaïpur, suite aux pressions d'intégristes. « Une propension glaçante à la violence est très réelle et se développe (en Inde) », a-t-il dit. « Dans une large mesure, les gens sont endormis et ne sont pas conscients de ce qui se passe. Vous devez vous réveiller ». (voir notre actualitté)