Indonésie : HarperCollins se moque de la déforestation tropicale ?

Clément Solym - 13.12.2012

Edition - International - Indonésie - deforestation - forêts tropicales


La filiale HarperCollins de News Corp, le mégagroupe de médias détenu par Rupert Murdoch, a été accusée par un groupe de militants d'utiliser des matériaux provenant de forêts tropicales en voie de disparition et situées en Indonésie. Des tests réalisés par Rainforest Action Network indiqueraient que certains livres jeunesse auraient été imprimés sur des fibres en provenance de forêts tropicales.

 

 

Forest scenery in Indonesia

Forêt tropicale en Indonésie

CIFOR, (CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Alors que des espèces menacées comme le tigre de Sumatra tentent désespérément de survivre face à la déforestation de leur habitat naturel, HarperCollins vient de se faire épingler comme jamais. Robin Averbeck, militant chez RAN en appelle au boycott : « Aucun enfant ou parent ne devrait volontairement participer à la destruction des forêts dans cette période de fêtes. »

 

Le fait est qu'HarperCollins traiterait donc avec deux structures, l'Asia Pacific Resources International (APRIL) et l'Asia Pulp and Paper Co Ltd (APP). Or, cette dernière est accusée par différents groupes écologiques de détruire les forêts tropicales. Contactée par l'agence Reuters, la société n'a pas souhaité faire de commentaire, pas plus qu'HarperCollins n'a eu envie de s'exprimer sur la question. 

 

Mais un porte-parole de RAN, Laurel Sutherlin, considère que l'APP et APRIL « sont en effet les principaux coupables et c'est une évidence, mais comme elles ne sont pas très sensibles aux pressions directes, nous sommes obligés de nous pencher sur leurs clients pour les contraindre à prendre au sérieux la destruction des forêts. HarperCollins est le seul grand éditeur américain restant qui n'a pas pris l'engagement ferme de ne plus travailler avec eux ». 

 

Imprimer un changement radical

 

La punition sera alors lourde. Et le porte-parole d'ajouter que, quand des sociétés comme HP ou Disney vendent des produits fabriqués à partir de la matière première que ces sociétés produisent, elles se rendent tout bonnement coupables de pratiques commerciales destructrices, au même titre que les dites sociétés. Or, justement, Disney, sensibilisé à cette cause, a annoncé en octobre dernier qu'il changeait sa politique d'achat de matières premières pour éviter que son papier ne provienne de forêts massacrées. 

 

Après Scholastic, Hachette, Pearson/Penguin, Candlewick Press, Houghton Mifflin Harcourt, Macmillan, Random House and Simon & Schuster, Disney était le 9e grand éditeur de livres pour enfants à avoir travaillé avec RAN pour lutter contre la déforestation. Rupert Murdoch et sa filiale, HarperCollins, « restent à la traîne, et sont les derniers parmi les grands éditeurs américains à refuser de prendre un engagement ferme pour interdire l'utilisation de fibres venant des forêts tropicales », assure le RAN.

 

HarperCollins aurait toutefois demandé au RAN qu'il partage les résultats de ses tests pour voir dans quels secteurs précisément il serait possible d'opérer des modifications dans la chaîne d'approvisionnement, chose que le RAN aurait refusée, promet Erin Crum, porte-parole du groupe d'édition. Il nie d'ailleurs que les fibres de ses ouvrages jeunesse aient une pareille provenance...

 

L'APRIL a toutefois contesté la plupart des accusations portées contre elle, assurant qu'elle ne récolte pas de bois de manière illégale. L'Indonésie reste un acteur clef dans la lutte contre le changement climatique, et subit d'ailleurs une intense pression de la part de la communauté internationale, tout à la fois pour lutter contre la déforestation et modifier les conditions de production de son huile de palme.