Industrie du livre en Australie : le libraire Booktopia prépare son entrée en Bourse

Nicolas Gary - 29.03.2016

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Booktopia est le plus important revendeur de livres en Australie. Mais comme tout acteur, il fait face à une concurrence âpre, que lui impose Amazon, à travers la filiale The Book Depository. C’est « à pleine vapeur » que Booktopia se lance pour résister, avec, notamment, une introduction en Bourse, pour la seconde moitié de l’année 2016.

 

Melbourne, Australia by night

Hai Linh Truong, CC BY 2.0

 

 

Tony Nash, principal actionnaire et directeur exécutif, explique : « Il n’y a aucune garantie quand vous vous préparez pour une introduction, mais nous sommes certains de de faire tout ce qui nous pouvons pour être prêts. » Une partie des actions détenues par la société familiale sera revendue, et, dans le même temps, une levée de fonds sera opérée. Tout cela pour financer des améliorations dans le développement ainsi que dans la chaîne d’approvisionnement et de distribution.

 

À ce jour, la structure expédie plus de 4 millions de livres par an depuis un entrepôt de 10.000 m2 situé à Homebush (Sidney) et dispose de 75.000 titres et 110.000 en stock. Des accords ont été passés avec un partenaire de distribution, pour réduire les délais de livraison, ainsi qu’avec plusieurs éditeurs locaux, pour ajouter 25.000 titres au catalogue. De quoi rendre les livres australiens plus accessibles aux consommateurs, que ce soit sur le territoire ou à l’étranger.

 

Pour le grand patron, cette procédure est nécessaire, mais surtout préparée de longue date : cinq mois que la société travaille sur ce lancement, avec les banques d’investissement Ord Minnett et Morgans, pour apporter des fonds. 

 

L’introduction en Bourse devrait valoriser Booktopia à plus de 150 millions $ AU, en s’appuyant sur des perspectives de ventes de 80 millions $ AU en 2016 et 100 millions $ AU en 2017. 

 

L’un des nerfs de cette guerre sera le prix de vente : en regard des concurrents, Tony Nash assure que les tarifs pour les livres sont très compétitifs. Mais dans un marché qui représente 1,8 milliard $ AU, les investisseurs australiens pourraient se montrer méfiants, estime la presse. Plusieurs échecs de start-ups et pure players, lancées sur la toile, ont déjà provoqué des vagues de réticences.

 

Ces sociétés, qui n’avaient rien à voir avec le livre ni l’édition, ont en effet connu des pertes importantes, avec des ventes largement en deçà des prévisions.

 

Dans l'ombre d'Amazon, le revendeur qui se développe

 

Chez Booktopia, on reste confiant : « Nous avons grandi dans l’ombre d’Amazon et de The Book Depository, et nous avons connu une croissance supérieure à 30 % chaque année. Ils n’ont jamais été une menace pour nous », expliquait-on en février dernier. (via SMH)

 

Fondée voilà 13 ans, Booktopia résulte de l’association entre Tony Nash et son frère, Simon, ainsi que son beau-frère, Steve Traurig, ainsi que sa sœur, Elana. À 90 % la société est donc familiale, les 10 % restant appartiennent aux employés. 

 

Pourtant, depuis février, le cybermarchand Amazon étend ses ramifications sur le territoire australien. À travers sa filiale The Book Despository, pourtant ouverte en 2004, le vendeur décide d’accélérer la prise de parts de marchés, pour de bon. 

 

La levée des restrictions sur les importations parallèles pourrait également profiter à The Book Depository : cette loi donne aux éditeurs australiens, après signalement d’un ouvrage indisponible sur le territoire, une période de trente jours pour faire valoir leurs droits en rendant l’ouvrage disponible.

 

Au terme de cette période, les revendeurs ont la possibilité d’importer, depuis des fournisseurs étrangers, des exemplaires dudit ouvrage. L’avènement d’internet a accéléré un mouvement déjà existant, par lequel les consommateurs les moins patients ont pris l’habitude de commander leurs lectures, sans passer par la librairie.