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Industries créatives : 400.000 emplois perdus entre 2008 et 2011

Antoine Oury - 16.10.2014

Edition - International - PIB Union européenne - industries créatives et culturelles - Tera Consultants


Le Forum d'Avignon, think tank rassemblant industries culturelles, médias, économistes et spécialistes du secteur, a présenté dans le cadre de ses débats une étude sur la contribution des industries créatives à l'économie de l'Union européenne, en termes de PIB et d'emploi, sur la période 2008-2011. Si l'apport est toujours significatif, et représente 6,8 % du PIB de l'UE, les industries culturelles subissent un recul important, souligne le rapport de Tera Consultants.

 


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(Yasser Alghofily, CC BY 2.0)

 

 

Les études du genre se sont multipliées ces derniers mois, en provenance de différents pays et cabinets d'étude. Celle de Tera Consultants fait le point sur la contribution des industries créatives à l'économie de l'UE, en termes de PIB et d'emploi, sur la période 2008-2011. Elle s'appuie sur les statistiques Eurostat de la période, disponibles depuis fin 2013.

 

Les premières conclusions, globales, sont plutôt satisfaisantes : l'ensemble des industries créatives, centrales et périphériques (incluant les fournisseurs, distributeurs et diffuseurs), pèse pour 860 milliards € du PIB 2008 de l'UE, soit 6,8 % du PIB total. Elles ont représenté la même année 14 millions d'emplois, soit 6,5 % de la main d'œuvre de l'UE.

 

Les industries créatives centrales seules pèsent pour 558 milliards € à la valeur ajoutée du PIB de l'UE, soit environ 4,4 % du PIB total, en 2011, avec 8,3 millions d'emplois.

 

L'étude observe de plus près 5 pays de l'Union : pour la France, la valeur ajoutée au PIB par les industries créatives est de 7,9 % en 2011 (152 milliards €, + 3,5 %) et 6,3 % des emplois du pays (1,6 million, - 0,4 % entre 2008 et 2011). Le poids économique des industries créatives a augmenté, mais seulement en France et en Italie.

 

La tendance est toutefois à la baisse pour les industries créatives de l'UE, aussi bien du côté de la valeur ajoutée que de l'emploi : la première subit un recul de 0,2 % sur la période 2008-2011, et le second de 2,8 %. En détail, les industries créatives déclinent globalement, à l'exception de la télévision et du cinéma : des hausses sont observées dans tous les domaines qui touchent aux nouvelles technologies, mais ne suffisent visiblement pas à rattraper les baisses.

 

Les raisons du recul économique : uniquement le piratage ?

 

Tera Consultants a cherché à expliquer pourquoi la destruction de valeur a été plus importante au sein des industries créatives que dans d'autres secteurs, et particulièrement au regard de la tendance générale de l'économie. Dans les cinq pays étudiés en détail (France, Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni), le cabinet assure que la destruction de valeur s'élève à 20 milliards €, et les pertes d'emplois à 189.633 postes à temps plein, sur la période 2008-2011. 

 

Cependant, le cabinet reconnaît que le statut des intermittents et le travail temporaire ne sont pas pris en compte dans ce calcul, et une précarisation de l'emploi au sein des industries créatives pourrait expliquer ce genre de recul.

 

Néanmoins, Tera Consultants fait le lien entre ces données et une précédente étude, publiée en 2010 : Promouvoir l'économie numérique : l'enjeu de l'emploi dans les industries créatives de l'Union européenne. Cette dernière établissait des hypothèses (basses) sur l'impact du piratage, en estimant les emplois qui pourraient être créés si 10 % des œuvres piratées étaient achetées : entre 166 et 240 milliards €, et entre 600.000 et 1,2 million d'emplois, auraient pu être créés, ou auront été perdus. 

 

Les hypothèses de travail de la suite de l'étude sont à prendre avec plus de précautions puisqu'elles ne sont, logiquement, que des suppositions : ainsi, l'étude souligne « qu'en l'absence de tout piratage, la valeur ajoutée et l'emploi dans les industries créatives auraient suivi la tendance de l'ensemble de l'économie ou celle des industries de services ».

La contribution économique totale a progressé de 1,2 % et l'emploi total a reculé de 1,3 %, alors que la contribution économique des industries de services a progressé de 3,1 % et l'emploi dans ce secteur a progressé de 7,9 %, précise encore l'étude.

Il faut comprendre que l'industrie des services a été choisie pour sa « proximité » avec celle des industries créatives à l'ère du numérique, même si rien n'indique que les résultats pourraient avoir suivi ceux de ce secteur.

 

En s'appuyant sur ces estimations, l'étude conclut que la destruction de valeur due au piratage s'élève entre 34,5 et 47,1 milliards €, quand celle des emplois oscille entre 204.089 et 1.095.125 postes à temps plein, entre 2008 et 2011. 

 

Bon, l'explication vaut ce qu'elle vaut, sachant qu'elle s'appuie uniquement sur des estimations et des hypothèses. Par ailleurs, le rapport souligne que la solution de riposte graduée, HADOPI, mise en place par la France, a permis aux industries culturelles françaises d'afficher « une bien meilleure dynamique au cours de la période étudiée que dans des pays où de telles dispositions n'existent pas ».

 

Évidemment, le rapport constituera un parfait argument pour plaider la cause de la lutte contre le piratage auprès de la Commission européenne.

 

  Les contributions des industries créatives à l'économie de l'UE (en anglais) by ActuaLitté