Inégalité de salaires et manque de diversité dans les bibliothèques britanniques

Antoine Oury - 26.11.2015

Edition - Bibliothèques - inégalité salaires homme femme - bibliothèques britanniques - diversité


Deux organisations professionnelles britanniques, l'Institut agréé de la bibliothèque et des professionnels de l'information (Chartered Institute of Library and Information Professionals, CILIP) et l'association des Archives et des Enregistrements (Archives and Records Association), s'inquiètent d'un écart important de salaires entre les hommes et les femmes bibliothécaires, ainsi que d'un manque de diversité dans les établissements.

 

Newton (after  Blake), by Eduardo Paolozzi, British Library Piazza

Contrôle masculin ? Newton (d'après Blake), par Eduardo Paolozzi, à proximité de la British Library

(Chris Beckett, CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Une force de travail essentiellement féminine, à 78,1 %, mais des inégalités de salaires très importantes, au profit de la minorité masculine, par ailleurs plus susceptible d'occuper les postes à hautes responsabilités. Comme l'essentiel du monde du travail, les bibliothèques n'échappent pas à un sexisme persistant. L'autre résultat marquant concerne la diversité, tout aussi préoccupante : 96,7 % des travailleurs interrogés se qualifient de « Blancs », soit 10 % de plus que la moyenne nationale. Par ailleurs, les organismes professionnels constatent un vieillissement de la profession, avec plus de la moitié des travailleurs (55,3 %) âgés de 45 à 55 ans.

 

Constatant les résultats, le CILIP a demandé la mise en place d'une « stratégie nationale pour la bibliothèque et les métiers de l'information qui nous permettra d'attirer des talents hautement qualifiés venus d'horizons différents », souligne Nick Poole, PDG de l’Institut. Le seul point positif du sondage, mené auprès de 10.623 individus, concerne le niveau de qualification, très élevé.

 

Pour de nombreux connaisseurs du secteur de la bibliothèque outre-Manche, cet état des lieux s'explique par un désengagement du gouvernement et des collectivités : « Il s'agit d'une description triste mais juste d'une force de travail abandonnée il y a 25 ans. La formation est mauvaise, le recrutement fait à l'aveugle, la direction absente, l'imagination manquante et le management en dessous de tout » a condamné Tim Coates, ancien responsable de la chaîne de librairies Waterstones et soutien notable des bibliothèques.

 

Les militants d'une hausse des budgets pour les établissements ne se privent pas non plus de critiquer les coupes budgétaires qui touchent les bibliothèques britanniques depuis plusieurs années : à force de fonctionner sur les capacités de volontaires, les établissements ont perdu la quasi-totalité de leur personnel qualifié, qui se limite désormais aux anciens.

 

L'ambiance délétère autour des établissements de lecture publique outre-Manche, avec des annonces quotidiennes de fermeture ou de réduction des horaires d'ouverture, n'aide pas vraiment, par ailleurs, à recruter.

 

L'édition britannique avait elle aussi été pointée du doigt pour un manque flagrant de diversité, par les auteurs eux-mêmes. De retour en France, le constat est peu ou prou similaire, si l'on considère les importants écarts de salaire dans l'édition ou même dans les droits d'auteur versés. La ministre de la Culture Fleur Pellerin a d'ailleurs nommé un haut fonctionnaire en charge de la diversité, Karine Gloanec-Maurin, fin octobre 2015.

 

(via The Bookseller)