Inscrire le livre dans la vie des Québécois, enfants comme adultes

Nicolas Gary - 23.11.2019

Edition - International - livre culture société - révolution tranquille Québec


Parce que la lecture est essentielle, l’autrice Marie Barguirdjian diffuse un manifeste, qui pose les bases les plus essentielles, de ces évidences qu’il est bon de rappeler. « Connaissez-vous un enfant qui n’aime pas qu’on lui raconte des histoires ? », interroge-t-elle. Parce que la lecture ne va pas de soi si l’on ne fait pas un effort, On a tous besoin d’histoires enfonce le clou.

Marie Barguirdjian
Marie Barguirdjian, ActuaLitté CC BY SA 2.0

 
Depuis plus de 20 ans au Québec, Marie Barguirdjian a un bagage en histoire de l’art et musique. Elle avait même temps d’écrire des scénarios pour CanalJ, à la croisée de ces deux mondes. « On s’imagine qu’en France, tout est acquis, que la lecture est un sujet qui fait l’unanimité. Mais au Québec, l’histoire du pays n’a pas apporté le même rapport », explique-t-elle.
 

Fabriquer le réflexe de la lecture


Entre 1960 et 1970, la Révolution tranquille au Québec a fait exploser bien des schémas : « Dans la société moderne, le rapport au livre, à la lecture, n’est pas inscrit dans le tissu québécois. Et malgré le développement des maisons d’édition, il faut encore créer une culture du lire. » À ce jour, un Québécois sur deux éprouve des difficultés à lire.

Son expérience, dans les écoles, au cours de conférence, lui a montré que dans la Province, la lecture est plus souvent reliée à l’école, au monde scolaire, et moins aux familles. Or, si l’on crée un engouement entre 4 et 8 ans, « par la suite, l’absence du réflexe dans les foyers provoque une perte d’attention. Parmi les analphabètes fonctionnels, beaucoup ont appris à lire, mais ont arrêté, et ne savent simplement plus ».

Dans ce contexte intervient alors On a tous besoin d’histoires. Un véritable manifeste, court, clair, concis, en 14 point, pour détailler les enjeux sociétaux de cette fameuse lecture. « Le 1 % qui nous distingue des grands singes, c’est bien le langage. Et à ce titre, le livre est un facteur important. Mais la littérature se place au-dessus du langage, en ce qu’elle apporte de l’imaginaire : elle fait le lien entre langage et imaginaire », note-t-elle.

Et parce que le livre connecte à l’auteur et fait résonner ses mots, tout en développant notre propre imaginaire, « il apporte un nouvel ancrage, donne une vision de la vie ». 
 

Inscrire le livre dès l'enfance dans la vie


Quelque 8000 exemplaires ont été imprimés, et sont diffusés lors du salon de Montréal, ainsi que dans d’autres à venir. On les retrouvera également chez les libraires qui souhaitent l’offrir. Mais que contient-il ? Simple : de quoi se réapproprier des expériences intervenues ici ou là-bas. « En Scandinavie, dans les transports, il y a des livres suspendus pour les enfants », s’enthousiasme Marie Barguirdjian. 

Et pourquoi ne pas développer des repères, comme un suivi des lectures de l’enfant, inscrites directement dans le carnet de santé ? « Juste pour inscrire un peu plus le livre dans l’existence, dès l’enfance, et créer un lien dès le plus jeune âge », estime l’autrice. 


pixabay licence

 
Or, Marie Barguirdjian s’intéresse aussi au rapport que les adultes ont au livre. « Ici, à Montréal, nous sommes dans une ville au sous-sol dense, avec des commerces — on s’y fait couper les cheveux, faire les ongles, on achète de quoi grignoter ou se vêtir. Il serait tellement simple dans ces couloirs de déposer des livres, sur le modèle du book-crossing : on partage, on échange, on se retrouve même… »

Tout simplement. Des gestes, des initiatives citoyennes que tout un chacun peut prendre pour remettre un peu plus de livres dans son quotidien. L’an prochain, l’idée serait de réunir les professionnels, partenaires, pour mettre en place une action plus globale. « Il existe un prix des libraires pour la jeunesse, mais pas de prix par et pour des écoliers, impliquant des élèves du primaire. Et pourquoi pas, envisager de construire un forum international sur la littérature jeunesse au Québec ? »

Diffusé par Communication Jeunesse en format numérique (consultation et téléchargement en fin d’article), le manifeste réunit une quarantaine d’autres auteurs et regorge de conseils, d’idées, de suggestions : il suffit désormais de s’en emparer, pour introduire une nouvelle révolution tranqu-livre, cette fois ?




Dossier - Salon du livre de Montréal 2019 : Se raconter


Commentaires
Moi j'aime pas les histoires comme d'autres aiment pas les départementales. Les histoires, c'est bon pour les journaux disait Céline, ce que faut c'est foutre sa peau sur la table.
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