Instagram, un club de lecture porteur d'espoirs

Nicolas Gary - 19.11.2015

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Et si, comme toutes les modes, les YouTubers étaient déjà passés? Vogue vante en effet les vertus d’Instagram en tant que nouveau Club de lecture. Le mois dernier, c’est l’actrice Reese Witherspoon qui aurait déclenché la tendance, en chroniquant le livre de Jessica Knoll, un thriller nommé Luckiest Girl Alive. Et avec les 4,4 millions d’abonnés que compte la star, l’ouvrage a rapidement grimpé dans les charts.  

 

Instagram logo

Aleks Grynis, CC BY SA 2.0

 

 

Que l’on ne s’y trompe pas : la chronique de Witherspoon s’est faite en vidéo – le principe Youtube des critiques en vidéo n’est donc pas bien loin, mais c’est au travers du réseau social que tout a explosé. Jessica Knoll autant que son éditeur Simon & Schuster ne cachent pas leur étonnement : l’impact du billet Instagram a été immédiat. « Pour une romancière complètement inconnue, ce qui s’est passé est extraordinaire. Ce n’est pas vraiment la trajectoire habituelle », assure Richard Rhorer, éditeur associé.

 

Quant aux ventes, elles ont clairement suivi le même chemin. 

 

L’effet de masse compte avant tout, assure l’éditeur : « Quand un nombre suffisant de personnes sont en train de tweeter ou de poster sur Instagram au sujet d’un livre, l’impression que tout “le monde est en train de lire” commence à se répandre. » Et bien entendu, les comptes les plus prescripteurs sont alors les plus efficaces, pour donner la sensation d’une masse. 

 

 

 

Avec Instagram, comme avec tout réseau social, il n’est pas nécessaire de se comporter en despote de la critique littéraire, redouté pour son tour de plume ni d’être un vénérable sage de la montagne de la recommandation de livres. Évidemment, être un influenceur aidera à la diffusion du livre. Et les 4,4 millions de personnes qui suivent Reese Witherspoon représentent tout de même un fameux groupe.

 

Pourtant, indique l’auteure, les critiques ne sont pas uniquement des célébrités : d’autres comptes, disposant de l’imposante masse nécessaire à ce que les adeptes s’emballent, parviennent très bien à provoquer des pics de vente. Lorsque d’autres comptes se sont emparés de son livre, les ventes suivent, et le ranking Amazon, cette nouvelle et géniale unité de mesure du succès des écrivains, a fait des bonds, pour Jessica Knoll. 

 

Un book club, comme disent les anglophones, qui ne permet pour autant pas de se dispenser des voies traditionnelles : certes, disposer d’une chronique est appréciable. Rencontrer ses lecteurs ne l’est pas moins. Et pour ce faire, les librairies restent encore les lieux privilégiés de villégiature, pour les auteurs. 

 

Et pourtant, outre-Atlantique, toute forme d’incidence sur les ventes de livres continue de se mesurer suivant un mètre étalon que fut le Club de lecture d’Oprah Winfrey. La présentatrice, animatrice et productrice vedette du petit écran a marqué durablement les esprits. Et on s’attend toujours, dans les grandes maisons américaines, à la voir surgir dans les espaces Instagram, autant que chez les auteurs. C’est que le plaisir de son émission a laissé une trace profondément ancrée – et s’entretient un sentiment de nostalgie du temps d’avant, qu’aucun réseau social ne semble en mesure de remplacer...