Interdiction de lire un livre sur l'esclavage dans la prison d'Alabama

Clément Solym - 29.09.2011

Edition - Justice - esclavage - pulitzer - lecture


Peut-on interdire à un prisonnier de lire un ouvrage qui a été récompensé par un prix Pulitzer ? Évidemment ! En tout cas la prison d'Alabama ne s'est pas posé la question plus de quelques secondes lorsque le livre de Douglas Blackmon est arrivé entre les mains d'un de ses pensionnaires.

En septembre 2010n Mark Melvin, le détenu en question, reçoit l'ouvrage Slavery By Another Name: The Re-Enslavement of Black Americans from the Civil War to World War II. Mais il se le fait retirer des mains illico presto.

Mark a été condamné à 14 années de prison ferme pour avoir aidé son frère à commettre deux meurtres. Et les responsables de l'établissement ont judicieusement considéré que ce livre raviverait ses tendances violentes, en ce qu'il pourrait inciter à la violence. Le récit fait en effet état des enjeux religieux, de l'esclavage, des questions raciales, et ainsi de suite, de quoi émouvoir un esprit comme celui de Mark.


L'ouvrage, depuis sa parution, s'est écoulé à des dizaines de milliers d'exemplaires, devenant une référence sur le sujet. Pourtant, on l'accuse de prôner la violence et la haine raciale - alors qu'il n'en retrace que l'historique dans les États du Sud.

Alors, on dépose plainte. Et l'avocat en charge de défendre le droit à la lecture de son client fait valoir que non seulement l'interdiction est une imbécillité, mais surtout qu'elle nuit gravement à sa volonté d'apprendre et s'imprégner de l'histoire du pays. Finalement l'attitude de l'établissement pénitentiaire est contraire à toute forme de progression sur le pays.

L'époque de la violence raciale, des lynchages, et des petites réunions entre amis cagoulés de blanc ne sont pas si lointaines, précise l'avocat. Il est impensable que l'on puisse empêcher un citoyen, tout prisonnier qu'il soit, de s'instruire et de découvrir cette époque du pays, poursuit l'avocat. Particulièrement si les États-Unis souhaitent progresser sur ces questions et faire en sorte que leur histoire soit mieux appréhendée.

Et autrement que par les dessins animés de Disney...

L'auteur, contacté, a vivement réagi à cette affaire : « L'idée qu'un livre comme le mien soit vu comme incendiaire, ou comme un appel à la violence est totalement absurde. » Ce à quoi les autorités de l'État d'Alabama n'ont pour le moment rien rétorqué.

Probablement parce qu'ils sont, faut-il l'espérer, en train de lire le livre et de mesurer leur erreur ?