Interdire les livres en prison, contraire aux Droits de l'Homme

Nicolas Gary - 31.03.2014

Edition - International - prison - envoyer des livres - lecture


Depuis la semaine dernière, le gouvernement britannique a manifestement fait une petite erreur de communication. En décidant de n'autoriser l'envoi de livres aux prisonniers que pour récompenser une bonne conduite, le Secrétaire d'État à la Justice, Chris Grayling s'est attiré les foudres de l'opinion publique. En outre une pétition signée par les plus vifs écrivains du pays, et le PEN qui en rajoute une couche : la décision pourrait être illégale. 

 

 

Jailed Ted.
b.mune, CC BY NC ND 2.0

 

 

« Nous devons mettre un terme à un système judiciaire dans lequel les victimes ont le sentiment d'avoir été abandonnées par une justice qui ne punit pas les individus qui le méritent », expliquait Chris, pour justifier les limites nouvellement imposées. Interdiction de recevoir des colis de l'extérieur, si les prisonniers n'ont pas un comportement irréprochable. Une appréciation bien entendu laissée au libre jugement des responsables d'établissements pénitenciers…

 

Pour Geoffrey Robertson, responsable des Droits de l'Homme à Doughty Street - l'adresse du Parlement britannique - cette privation de liberté va à l'encontre du droit à l'information. Il suggère que Chris Grayling, violant la Déclaration de 1688, pourrait être poursuivi pour avoir agi de manière illicite et irrationnelle. Sa décision infligerait en effet « un châtiment cruel et inhabituel ». Et voilà comment on remet un politique à sa place, c'est à dire au niveau des lois qui s'appliquent à tous. 

 

« M. Grayling n'est pas un avocat. C'est un homme politique qui se croit au-dessus des lois : il n'a pas le pouvoir d'imposer une peine additionnelle aux prisonniers, en plus de ce qui leur est infligé par les tribunaux. Son geste n'a rien à voir avec la sécurité des prisons ni tout autre but légitime. Le droit de lire est précieux, dans ce pays, et pour les prisonniers, il représente un moyen de se sortir de la fange de la criminalité. Leur refuser les livres dont ils ont besoin pour améliorer leur situation est tout à la fois déraisonnable et contre-productif. » 

 

Voilà qui est fait. 

 

C'est que dans le modèle choisi par le gouvernement britannique, pour mieux administrer les prisons, et éduquer ses locataires, elle a introduit ce système d'incitations au bon comportement, par un rapport à la privation. Des sortes de bons points sont remis, pour bonne conduite, et l'accès à la lecture serait donc vu comme l'un d'entre eux.

 

Jo Glanville, directeur du PEN, organisation littéraire internationale, cette approche est un véritable fléau, qui va à contre-sens de tout ce qui a été mis en place jusqu'à présent. Les visites en prison d'écrivains, les lectures, les dons de livres… tout cela explose en vol, du simple fait d'une mesure politicienne hors de propos. Et qui a « choqué le public et le monde de la création littéraire ». 

 

« Les livres représentent une bouée de sauvetage derrière les barreaux, une manière de nourrir l'esprit et de remplir les nombreuses heures que les détenus passent enfermés dans leur cellule. Dans cet environnement où ils n'ont pas accès à internet et à des services de bibliothèques illimités, les livres deviennent d'autant plus importants », écrivent les signataires d'une lettre ouverte - Alan Bennett , Sir Salman Rushdie , Julian Barnes , Ian McEwan , Carol Ann Duffy , Sir David Hare , Mark Haddon , Philip Pullman , Irvine Welsh , Nick Hornby , Ian Rankin , Joanne Harris et Ruth Padel.

 

Pour l'heure, ajoute-t-il, les réponses apportées par le gouvernement sont bien mièvres : l'idée d'un recours en justice pour que cesse cette comédie fait alors partie des solutions actuellement à l'étude, raporte le Bookseller.

 

En effet, Chris Grayling s'est fendu de cette déclaration assez peu convaincante : « Les restrictions d'accès aux colis pour les prisonniers sont nécessaires, pour limiter la capacité des délinquants à se procurer de la drogue et des marchandises de contrebande. Les prisonniers ont toujours bénéficié et continuent de jouir de leurs droits d'accès à tous les livres disponibles au travers des services de bibliothèques publiques locales, qui présentent un service complet à l'ensemble de nos prisons. Si les titres ne peuvent pas être disponibles, ils sont commandés, comme d'habitude. »

 

Si les gens, en prison, ont besoin de réhabilitation, ce n'est certainement pas avec la politique du bâton et de la carotte que le tir sera corrigé, pas plus que la peine ne sera plus rapidement purgée.