Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Interdire les livres en prison, de la micro-gestion politicienne

Nicolas Gary - 27.03.2014

Edition - International - prisons britanniques - David Cameron - Manuel Valls


Après la grogne des auteurs britanniques, et la lettre adressée au premier ministre, David Cameron, cette idée d'interdire les envois de livres aux prisonniers continue de faire jaser. Le ministre de la Justice, Chris Grayling, à l'origine du projet, vient de se prendre une volée de bois vert. L'Inspecteur en chef des prisons, Nick Hardwick, parle d'une « erreur ». Laquelle pourrait coûter cher…

 

 

prison cell

x1klima, CC BY ND 2.0

 

 

Quand les politiques versent dans la « micro-gestion » de la société, en s'exprimant sur des sujets particulièrement pointilleux, c'est toujours le risque. Le pays est-il à ce point dans une période de croissance que l'on ait désormais le temps de s'intéresser à un sujet aussi spécifique, quand on est ministre de la Justice ?

 

C'est un peu comme si, en France, Manuel Valls faisait la chasse aux humoristes douteux, non ? 

 

Le projet est pourtant simple : empêcher les prisonniers de recevoir des marchandises de contrebande, de la drogue, ou d'autres joyeusetés, en limitant drastiquement les colis que l'on peut leur faire parvenir de l'extérieur.

 

Mais pour l'Inspecteur en chef, le gouvernement se met le doigt dans l'oeil. « Je pense qu'une fois que l'intention politique est claire, la manière dont cela doit être mis en place, doit être laissée à l'appréciation et au bon sens des gouverneurs, afin qu'ils puissent répondre aux besoins spécifiques de leurs populations carcérales », précise-t-il à The Independent.

 

Ici, on serait dans un cas typique de microgestion, où, plutôt que de se contenter de donner des orientations nettes, les politiques interviennent trop précisément, et maladroitement. Or, ce qui n'a pas été maladroit, c'est la vive réaction de la communauté littéraire, avec en tête Salman Rushdie, Ian McEwan ou encore Carol Ann Duffy… Du beau linge, prêt à en découdre avec des méthodes douteuses.

 

D'autant, ajoute l'Inspecteur, que l'on a déjà assisté à des interdictions, en prison, qui multipliaient les exemples ridicules. Des manuels scolaires, des cadeaux de Noël faits à la main, ou des crayons… « Peu de gens passent autant de temps dans les prisons que l'Inspecteur en chef. Il sait ce qui fonctionne pour punir et redresser ceux qui sont derrière les barreaux. Le ministre serait bien avisé d'écouter cet avertissement, et de cesser sa politique ridicule », précise Sadiq Khan, membre du parlement. 

 

Du côté du gouvernement, on riposte : un porte-parole du ministère de la Justice assure que la mesure a été instaurée voilà cinq mois, sans qu'aucun gouverneur ne fournisse de retour sur l'interdiction d'accès aux livres, de la part des prisonniers. « En effet, la majorité des éléments envoyés dans les prisons ne sont pas des livres, mais des vêtements de sport. »