Interdit de lire de la pornographie en prison – même pour apprendre le dessin

Clément Solym - 22.10.2014

Edition - International - lecture prison - oeuvre littéraire - apprendre dessin


Purger une peine de prison de 56 ans implique que la justice a condamné fermement un accusé. Et Dwight Rose Jr a écopé de cette sentence en 2003, après avoir été reconnu coupable de l'assassinat de Scott Ruffin. Il était en outre accusé de complot et de subornation de témoin – une vilaine tentative de corruption, donc. 56 ans de prison, et interdiction de consulter un livre d'art avec des photos de nus : dur...

 

 

 

L'Etat du Connecticut doit rire jaune : autant la condamnation de Dwight n'est pas remise en question, autant le prisonnier vient de lancer une procédure pour violation de ses droits civils. Les gardiens de l'établissement pénitencier lui ont en effet refusé la lecture d'un livre contenant des nus masculins et féminins, en s'appuyant sur la loi de l'État. Cette dernière interdit la consommation de contenus pornographiques en prison. 

 

Atlas of Foreshortening : The Human Figure in Deep Perspective, le livre censuré, n'a pourtant rien de commun avec la revue Playboy, ou une collection érotique. IL s'agit d'un ouvrage de référence pour apprendre le dessin d'art, et plus spécifiquement, la reproduction du corps humain. Il contient à ce titre plus de 500 photographies... qui tombent sous le coup de la législation en vigueur au Connecticut.

 

Toute « représentation picturale de l'activité sexuelle ou de la nudité » est en effet bannie des prisons, avec, toutefois, une exception : il faut que l'œuvre, prise dans son ensemble, possède des vertus littéraires, artistiques, éducatives, ou scientifiques. Un point de vue que partage par ailleurs la Californie, qui réfute toute notion d'obscénité dans une œuvre dès lors qu'elle dispose des vertus susdites.

 

Selon l'Associated Press, qui fait part de l'information, Dwight a décidé de poursuivre l'Etat, qui lui interdit, en somme, de développer ses talents de dessinateur. Mais le procureur général adjoint, Steven Strom, ne s'en laisse pas conter : la demande du détenu est irrecevable, et c'est sa faute si ses lectures ne sont pas recommandables ni respectueuses des lois en vigueur.

 

À ce jour, une demi-douzaine de procédures similaires seraient en cours dans l'État, sans qu'aucune ne soit résolue. « Bien que les détenus ne perdent pas tous leurs droits constitutionnels lors de leur incarcération, le fait même et les besoins du système pénitentiaire imposent des limites aux droits constitutionnels des détenus, même ceux issus du Premier amendement », souligne le juge. (via ABC)