Internet Archive, la bibliothèque du web, soupçonnée d'apologie du terrorisme

Antoine Oury - 11.04.2019

Edition - Justice - internet archive terrorisme - internet archive bibliotheque - patrimoine union europeenne


La récente adoption de la directive sur le droit d'auteur a réjoui une partie de la classe politique, mais surtout des ayants droit et représentants d'éditeurs et de producteurs : les plateformes de contenus, comme YouTube, deviennent enfin responsables de ce que les utilisateurs publient. Et les autorités entendent multiplier les outils de filtrage automatiques pour faire respecter ces nouvelles obligations. Sauf que les couacs sont nombreux, en témoignent des accusations de terrorisme à l'encontre de la plateforme Internet Archive.

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(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


La plateforme Internet Archive, créée en 1996, se veut une gigantesque bibliothèque, la plus importante du web, capable de réunir des millions de documents du domaine public numérisés. Et ceux, grâce à des partenariats noués avec des bibliothèques du monde entier, qui numérisent leurs collections avant d'en confier des copies numériques au site, qui réalise aussi des numérisations avec ses propres moyens.
 

Robot, mon ami, quand ça m'arrange


L'Union européenne a récemment adopté une réforme de sa directive sur le droit d'auteur, qui comporte un article particulièrement mis en avant par les industries culturelles : la responsabilité des plateformes pour les contenus qu'y publient leurs utilisateurs. Autrement dit, les sites qui abritent des contenus peuvent être pénalement répréhensibles pour afficher des contenus qui violeraient le droit d'auteur ou feraient l'apologie du terrorisme.

En soi, la lutte contre de tels contenus est louable — il est difficile de développer des arguments pour s'y opposer. Mais l'Union européenne assure aussi que le meilleur moyen pour détecter et supprimer ces contenus n'est autre que le filtrage automatisé. Ou confier cette lourde tâche à des robots qui trieraient le bon grain de l'ivraie à supprimer.

À ce titre, était relevée dans nos colonnes la dernière intervention du ministre de la Culture — Franck Riester avait assuré que la directive Droit d’auteur serait rapidement transposée dans le droit français. Or, à l’occasion de la Journée du livre politique, le locataire de la rue de Valois avait intelligemment défendu le travail des bibliothécaires et libraires, contre les algorithmes.

L’outil de calcul, présenté comme « le nouvel acteur de nos choix culturels individuels, voire collectifs », était évidemment dénoncé. Or, ce sont bien des algorithmes qui se verront confier le travail de filtrage. Paradoxe, paradoxe…

D'autant que, comme les expériences avec Content ID, le robot de YouTube, ont pu le prouver, les machines ont une fâcheuse tendance à faire du zèle, et à considérer que tel ou tel contenu va à l'encontre du copyright ou des lois contre le terrorisme.
 

Un patrimoine explosif


La plateforme Internet Archive ne voit pas d'un très bon œil la mise en place de ces dispositifs de filtrage automatisé, ni les législations trop sévères à l'égard des plateformes. Et pour cause : le site raconte qu'il a reçu 500 demandes de retrait de contenus pour cause d'apologie du terrorisme en 7 jours seulement. « La semaine dernière, Internet Archive a reçu une série de signalements, par email, émanant de l'European Union Internet Referral Unit (EU IRU) d'Europol, qui identifiaient à tort des centaines d'URL d'archive.org comme de la “propagande terroriste” », assure la gestion du site sur son blog.

L’Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l’Information et de la Communication (OCLCTIC), ou Sous-direction de la Lutte contre la Cybercriminalité, a aussi fait parvenir au moins un email à Internet Archive, pour une URL identifiée comme relayant de la propagande terroriste. Évidemment, assure Internet Archive, l'ensemble des URL n'avait rien à voir avec le terrorisme.

Articles scientifiques, logiciels, enregistrements live des Grateful Dead, vieux spots du gouvernement américain... Difficile de faire les liens entre les liens incriminés et le terrorisme. Le lien pointé par l'organisme français, lui, renvoyait vers une vidéo commentant le Coran, depuis retirée de la plateforme.
 
Internet Archive interroge sur les implications d'un vote par le Parlement d'une législation européenne — le fameux règlement sur le retrait de contenus terroristes — qui imposerait aux plateformes un retrait de contenus faisant l'apologie du terrorisme en une heure. « Ce n'est pas possible, pour nous, de gérer tous ces signalements avec des moyens humains dans un laps de temps aussi réduit qu'une heure », assure l'Internet Archive. 

La plateforme pourrait bien procéder au retrait automatique des contenus, mais, dans ce cas, s'exposerait aux faux positifs comme ceux reçus la semaine dernière, et à la disparition d'un grand nombre de contenus tout à fait légitimes...


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