Iran : Fin de la censure pour un livre de Mahmoud Dowlatabadi

Nicolas Gary - 25.11.2013

Edition - International - Mahmoud Dowlatabadi - le colonel - Téhéran


Autres époques, autres moeurs, certes, mais surtout autres censeurs, dirait-on dans le cas de l'Iran. Un accord historique sur le programme nucléaire iranien a été trouvé aujourd'hui, et un accord tout aussi historique vient d'autoriser la publication du livre de Le Colonel, roman de Mahmoud Dowlatabadi... 

 

 

 

 

Le livre a été publié tout d'abord en allemand, puis en français, l'année passée, chez Buchet Chastel et enfin en anglais, tout d'abord pour le Royaume-Uni et les États-Unis. Mais voilà : en Iran, impossible de mettre la main sur la version originale. La semaine passée, le ministre de la Culture iranien a cependant mis un terme à plus de cinq années d'attente, explique Téhéran Times.

 

La version persane du roman est officiellement autorisée, a expliqué le secrétaire du ministère, Seyyed Abbas Salehi, ce 19 novembre. Cheshmeh, maison d'édition basée à Téhéran l'avait présenté au ministère en 2008, et attendait depuis lors l'autorisation de le faire paraître. Sauf que les anciens responsables au pouvoir refusaient cette parution, réclamant de multiples modifications dans le livre. Et même après leurs demandes de modifications, le livre est resté lettre morte, planqué dans un tiroir.

 

Dans Le Colonel, Mahmoud raconte la vie d'un colonel iranien, qui se remémore des souvenirs familiaux et des amis, dans une certaine solitude. 

 

Un décor lugubre, une ville iranienne sous la pluie. Le Colonel est réveillé en pleine nuit par deux agents de la police politique. À la faveur de cette irruption, le vieil homme se remémore les années passées, son engagement dans l'armée du Chah, la mort de trois de ses cinq enfants et de sa femme lors de la révolution. Seuls restent Amir – qui vit reclus dans la cave de son père, hanté par les atrocités dont il a été le témoin – et Farzâneh, sa deuxième fille. Le récit des événements passés s'articule autour de l'enterrement de la cadette Parvâneh, exécutée alors qu'elle n'avait que quatorze ans.
Dans un va-et-vient incessant entre présent et passé, dont les frontières semblent d'autant plus floues que la mémoire du Colonel est de plus en plus défaillante, les voix du vieil homme et de son fils Amir s'élèvent, se mêlent et se répondent.

 

M. Salehi affirme avoir lu à plusieurs reprises le livre. « Je l'ai lu, j'ai lu tous les livres de Dowlatabadi, depuis que je suis un jeune garçon. il est la fierté de la littérature iranienne et de la région de Khorasan, de sorte que la publication de son livre sera un honneur pour le pays. »

 

Selon lui, le roman respecte d'ailleurs les règles régissant la publication d'un livre en Iran, et considère qu'il n'est nullement besoin d'opérer la moindre modification. L'éditeur Cheshmeh, qui a fait paraître la plupart de ses ouvrages en Iran, et qui ne devait plus l'espérer, a probablement sabré le champagne...

 

Mi-octobre, le pays a officiellement annoncé un relâchement dans sa politique de censure des livres publiés. Le ministre de la Culture, Ali Janati, a réitéré sa volonté de rompre avec le le mandat du conservateur Mahmoud Ahmadinejad. « Ces livres soumis à la censure ou qui n'ont pas eu l'autorisation de publication dans le passé seront de nouveau examinés et de nouvelles décisions seront prises », expliquait-il. 

 

Le Colonel, sur Chapitre.com