Iran : l'ayatollah Khamenei se passionne pour les auteurs marxistes et athées

Julien Helmlinger - 06.03.2015

Edition - International - Ayatollah Khamenei - Fanatisme religieux - Prescription de lecture


Sur le réseau Twitter, l'ayatollah Khamenei se fait prescripteur de littérature. Le chef suprême iranien a affirmé qu'il était un grand amoureux de lectures, partageant ses influences littéraires avec ses quelque 100.000 followers. Si l'homme n'apprécie guère Salman Rushdie, qu'il dépeignait comme « un apostat dont le sang pourrait être versé impunément », il semble plus clément à l'égard d'auteurs comme Mikhaïl Cholokhov et Alexis Nikolaïevitch Tolstoï.

 



Pour le leader religieux et politique, qui s'exprimait la semaine dernière via une série de tweets, « Tolstoï est un écrivain puissant », « un écrivain incroyable, qui jusqu'en 1925 était antirévolutionnaire puis qui a saisi la révolution, avant de s'en retourner chez lui pour écrire L'épreuve ». L'auteur russe, explique l'ayatollah, était un lointain parent des deux autres écrivains Tolstoï. Ancien comte devenu selon lui, après la révolution, un « artiste majeur » de l'ère soviétique.

 

Sa trilogie littéraire, L'épreuve, évoque la Révolution d'Octobre et la guerre civile. Comme l'exprimait son auteur, cité par Khameini, il s'agissait non seulement de « reconnaître la Révolution », mais aussi de saluer « sa majesté sombre, son champ d'application à l'échelle mondiale. Et c'est la tâche de mon roman — de créer cette majesté, cette étendue dans toute sa complexité ».

 

Mikhaïl Cholokhov a également écrit sur cette Révolution d'Octobre, et si l'ayatollah apprécie l'auteur il trouve néanmoins qu'il aura moins bien traité le sujet que son compatriote Alexis Nikolaïevitch Tolstoï, qui se serait révélé « meilleur dans sa représentation », estime-t-il. Le Don paisible, l'épopée de Cholokhov, est toutefois jugée « bonne » par le leader iranien, qui a « tellement lu sur la Révolution d'Octobre ». Dommage qu'il n'ait guère lu davantage de bouquins sur la tolérance.

 

Daniel Kalder, auteur d'un livre sur les habitudes de lecture des dictateurs, a trouvé cet hommage à Tolstoï particulièrement intéressant. « Ce titre aurait circulé en Iran, mais ce qui est intéressant, c'est qu'il semble que le régime théocratique ne s'opposait pas à ces livres, alors qu'ils ont été écrits par des gens qui étaient ouvertement athées et marxistes. Ils ont pu ignorer cela et voir sa valeur révolutionnaire. »

 

Cathy McCann, du PEN International, estime que les tweets de l'ayatollah ne sont rien d'autre qu'une insulte aux écrivains et lecteurs, alors que l'Iran ne cesse d'enfermer et de persécuter les libres penseurs.

 

D'après les dernières informations, le Guide suprême de l'Iran serait dans un « état critique », et serait atteint d'un cancer de la prostate « en phase terminale », informations non confirmées par Téhéran.