Iran : la bande dessinée, entre contrôle et exil

Clément Solym - 16.04.2012

Edition - International - bande dessinée - Iran - censure


Certains auteurs en témoignent, l'exercice de leur art en Iran n'est pas chose aisée, dans la mesure où la censure est très présente, par l'action du ministère de la Culture. Il leur faut donc suivre des règles desquelles ils ne peuvent s'affranchir, et parfois même s'exiler.

 

Amin Takavoli, illustrateur, explique ainsi que toutes ses oeuvres « doivent être conformes à la loi islamique. Nos publications diffèrent grandement des bandes dessinées occidentales. Par exemple, les cheveux des femmes ne doivent pas être visibles, et tous les personnages féminins doivent être vêtus selon la tradition islamique ».

 

Selon Amin Takavoli,la plupart des bandes dessinées publiées en Iran porteraient soit sur des thèmes religieux, soit sur la guerre entre Iran et Irak. Au cours de cette guerre, des dessins ont été publiés,  enjoignant les jeunes à rejoindre l'armée pour défendre leur pays. Dix ans après le conflit, ce sont à l'inverse des bandes dessinées satiriques, moquant le régime, qui ont connu le succès en Iran. « Nous essayons de ne pas copier les bandes dessinées occidentales. Nous créons une identité iranienne unique », dit-il.

 

 Malgré la censure

 

L'arrivée de Mahmud Ahmadinejad au pouvoir semble avoir renforcé la censure. « Un grand nombre de livres publiés en Iran ont été rendus illégaux avec la venue au pouvoir d'Ahmadinejad », estime Farian Sabahi, expert du neuvième art iranien et professeur à l'université de Turin. « Actuellement, de nombreuses dessinatrices travaillent à l'étranger, et publient leurs oeuvres sur Internet ».

 

Mana Neyestani en est l'exemple. Il est l'auteur d'Une Métamorphose iranienne, où il raconte son séjour en prison. « Avec ce livre, je voulais faire part de mon expérience, mais aussi oublier mes pires cauchemars, quand j'ai été arrêté en 2006 ». L'auteur a ensuite été forcé de s'exiler, et a récemment demandé l'asile politique en France. Il a reçu en 2010 le Prix du Courage 2010 du CRNI (Cartoonists Rights Network International).


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Un succès grandissant, à l'étranger

 

De fait, des BD qui ont connu en France un grand succès, telles que Persépolis, de Marjane Satrapi, sont interdites en Iran. Autre exemple : Zahra's Paradise, publié chez Casterman en France, raconte les violences provoquées par les élections de 2009 en Iran. Le journaliste Haleh Esfandari estime que cette bande dessinée « représente un sens de l'humour distinctement iranien ». Comme si ce sens de l'humour, contestataire par essence, portait en lui les bases de l'identité de la bande dessinée iranienne.

 

La recherche d'une identité iranienne pour le genre semble plus fructueuse au sein d'oeuvres... qui ne circulent pas, paradoxalement, si ce n'est grâce à des exemplaires cédés sous le manteau, en Iran.