Iran : le ministère de l'orientation purifie les livres

Clément Solym - 29.03.2012

Edition - International - Iran - censure - livres


L'histoire littéraire en Iran se souviendra longtemps du passage du guide suprême Ali Khamenei. Ce dernier avait imposé au ministère de l'Orientation islamique de prendre les mesures nécessaires pour lisser le vocabulaire des oeuvres traduites. Des ajustements, comme on l'explique, qui modifient sensiblement le sens et le propos...

 

C'est dans Libération que l'on découvre cette campagne de censure méthodique. « Les livres ne sont pas toujours bénéfiques et il ne faut pas laisser des ouvrages nuisibles inonder la société », précise le guide iranien, pour expliquer sa demande. C'est ainsi que plusieurs mots se sont fait rectifier la linguistique. 

 

Dans le désordre, ont été supprimés, relation amoureuse, ivresse, bouteille, voire danse et accouchement. Et pour le cinéma, il a fallu traduire sensiblement différement : faire l'amour devient avoir une discussion, le mot sexe doit devenir relation amicale. 

 

 

 

Et pour un écrivain iranien, qui intervient sous couvert d'anonymat, la situation dégénère. « Il ne s'agit pas d'une "liste" en tant que telle, mais nous avons remarqué les uns et les autres qu'on nous reprochait l'emploi de ce vocabulaire… Autrefois, les employés du ministère de l'Orientation islamique cherchaient à ce que les livres paraissent avec une "adaptation" à leur goût. Aujourd'hui, ils veulent juste que nos ouvrages ne soient pas publiés, alors ils s'accrochent à la moindre excuse. »  

 

Mais l'approche n'a pas qu'une visée esthétiquement vôtre de correction langagière. En fait, on rectifie aussi le tir de certains titres, pour en modifier le contenu. Si une héroïne musulmane se suicide, alors qu'elle est pratiquante, l'ouvrage est renvoyé sur le métier. Le ministère de la Culture estime : « Ceux qui croient en Dieu ne se suicident jamais. » Hmm... Difficile de ne pas sauter sur l'occasion.

 

« Nous avons l'impression que l'étau se resserre. La scène académique se ferme de plus en plus, on n'a plus de contact avec la nouvelle génération », poursuit ce même écrivain, qui dénonce ce que le grand classique Khosrow et Shirin, l'équivalent d'un Roméo et Juliette, qui serait menacé de prendre des coups de ciseaux. Et si les médias iraniens ont donné de la voie, reste que le ministère de l'Orientation garde la main, et prend le pouvoir sur une édition indépendante qui ne peut plus travailler sereinement. 

 

Fin des subventions, pour qui n'est pas dans les petits papiers des décideurs et menaces de faillite pour d'autres. 

 

Rodrigue, as-tu du coeur ? 

 

Oh, pardon : as-tu un organe placé du côté gauche ?