Iran : Six années de prison pour une histoire sur la lapidation, jamais parue

Clément Solym - 07.10.2016

Edition - International - Golrokh Ebrahimi Irae - prison lapidation Iran - femme auteure


La lapidation est un procédé barbare, assassin, internationalement condamné et classé comme une forme de torture. Pourtant, une auteure iranienne, Golrokh Ebrahimi Iraee, vient d’être condamnée à 6 années de prison pour avoir écrit une histoire sur la lapidation. Et son texte n’a pourtant jamais été publié...

 

L'auteure et son époux

 

 

En Iran, les femmes accusées d’adultère peuvent subir le supplice de la lapidation – jet de pierre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Dans un récit, Golrokh Ebrahimi Irae avait décrit la réaction émotionnelle d’une femme regardant le film, La Lapidation de Soraya M., une histoire vraie

 

Le 6 septembre 2014, les autorités iraniennes découvrent le document, alors que l’auteure et son mari, Arash Sadeghi, sont arrêtés. On les soupçonne d’être des membres de la garde révolutionnaires. Transférée à la prison d’Evin, à Téhéran, et détenue 20 jours sans même savoir pourquoi, l’auteure n’a eu accès ni à un avocat ni au droit à voir sa famille.

 

Elle racontera plus tard qu’elle fut interrogée durant des heures, les yeux bandés, et menacée d’être exécutée pour « insulte à l’islam ». Dans la cellule à côté de la sienne, son mari fut torturé et battu – elle pouvait distinctement l’entendre. Il fut par la suite condamné à 15 années de prison, accusé de « diffusion de propagande contre le régime », « rassemblement et collusion dans le but de nuire à la sécurité nationale » et « outrage au fondateur de la République islamique d’Iran ».

 

« Les charges retenues contre Golrokh Ebrahimi Iraee sont absurdes. Elle encourt des années de prison simplement pour avoir écrit une histoire, qui n’a même pas été publiée ; elle est punie pour avoir fait appel à son imagination », soulignait Philip Luther, directeur de la recherche et du plaidoyer pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient à Amnesty International.

 

La lapidation, une protection de la moralité en Iran

 

Mais le jugement a été rendu et elle vient d’écoper d’une peine de prison de six années, au motif qu’elle a insulté la sainteté islamique et diffusé des messages de propagandes contre l’État. « Le “procès” de Golrokh Ebrahimi Iraee était grotesque. Elle a été privée du droit de se défendre et sa condamnation était courue d’avance. Ce procès illustre une nouvelle fois le mépris total des autorités iraniennes envers la justice et les droits humains », commentait Philip Luther.

 

L’Iran a plusieurs fois été condamné par la communauté internationale pour avoir fermé les yeux sur des lapidations. Le cas, en 2010, de Sakineh Mohammadi Ashtiani avait d’ailleurs déclenché une telle indignation, qu’elle fut libérée en mars 2014, après avoir passé 9 années dans le couloir de la mort. Couloir qui devait la conduire à la lapidation, justement.

 

Dans le cas de Golrokh Ebrahimi Iraee on espère encore pouvoir plaider son état de santé, pour la faire sortir de prison. En effet, avant le procès, elle se trouvait en convalescence, hospitalisée, et ne put être présente. En dépit de la présentation du dossier médical, le juge refusa d’ajouter l’audience.

 

« Plutôt que d’incarcérer une jeune femme parce qu’elle a exercé pacifiquement ses droits fondamentaux en dénonçant la lapidation, les autorités iraniennes devraient concentrer leurs efforts sur l’abolition de ce châtiment, qui constitue un acte de torture. Il est déplorable que l’Iran continue d’autoriser le recours à la lapidation, en invoquant comme justification la protection de la moralité », insiste Amnesty International

 

Et l’organisation de poursuivre : « Nous les exhortons à annuler la condamnation de Golrokh Ebrahimi Iraee et celle de son époux Arash Sadeghi, qui se trouve derrière les barreaux depuis juin pour avoir exercé sans violence ses droits à la liberté d’expression et d’association. Le gouvernement iranien, usant de méthodes impitoyables et répressives, est en passe d’écraser toute une génération de jeunes militants. »