Iran : Un marché de l'édition diversifié, mené par des passionnés

Antoine Oury - 11.10.2014

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De Francfort : Le monde dans une Foire du Livre. Pas un pays ou presque ne manque à l'appel, et chacun dispose de son stand. Cette année, le nouveau venu est l'Afghanistan, mais nous avons rencontré Mehdi Moqiseh, éditeur en Iran, pour évoquer avec lui le marché particulier que le pays représente. Comme la plupart de ses collègues, il s'est arrêté à Francfort pour acquérir des droits de publication.

 

 

Mehdi Moqiseh (Matn Publishers) - Frankfurt Buchmesse 2014

Mehdi Moqiseh, de Matn Publishers, à Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

La maison d'édition pour laquelle Mehdi Moqiseh est venu négocier des droits est spécialisée dans les livres ayant trait à l'art — théorie de l'art, documents, beaux livres, philosophie de l'art, publications de musées. Matn Publishers est « une maison de taille moyenne », explique-t-il, « qui a publié plus de 400 ouvrages, au rythme de 20 à 30 par an ».

 

Bien entendu, souligne-t-il, la taille du marché de l'édition iranien n'a rien à voir avec celui des pays occidentaux, et encore plus en pleine Foire de Francfort. La première raison est « la valeur de la monnaie iranienne, qui est très faible : 1 $ équivaut à 32.000 rials iraniens, et le livre vaut donc environ 10 fois moins qu'ici », explique Mehdi Moqiseh.

 

Par ailleurs, le nombre d'exemplaires en circulation est limité : « Dans notre secteur, un livre qui a du succès se vend à 1000 ou 1500 exemplaires en un an. » L'édition reste donc un marché à faibles revenus, où « les éditeurs ont régulièrement un emploi d'appoint, ce qui ne les empêche pas d'être passionnés », souligne l'éditeur.

 

En témoigne la richesse éditoriale : en 2013, l'édition iranienne publiait 50.000 titres. « Il y a des milliers de maisons d'édition dans le pays, beaucoup de très petites, qui publient un ou deux livres par an, et d'autres qui en publient une soixantaine. Mais, si l'on se réfère à la qualité des livres, seuls quelques centaines sont valables, d'après moi » ajoute-t-il.

 

L'Iran est doté d'un prix unique du livre, redoublé par une faible concurrence, en raison de la concentration des librairies. « Pour nous, le plus grand marché est Téhéran, avec ses deux grandes zones qui rassemblent 99 % des librairies de la ville, ainsi que les universités. D'autres grandes villes constituent des marchés importants, comme Tabriz ou Mashhad, mais les ventes restent concentrées à quelques territoires. »

 

Évidemment, pas d'Amazon en Iran : il existe toutefois un site similaire, « dans de moindres proportions », qui vend aussi des livres. Le e-commerce est peu développé, parce que les Iraniens n'ont pas de carte de crédit, mais seulement des cartes préchargées, utilisables uniquement dans le pays. Le système pour commander un livre sur le site de Matn Publishers est d'ailleurs fastidieux, puisqu'il oblige le client à payer à sa banque, avant de communiquer un numéro de paiement à l'éditeur. Les autres étapes de l'édition, comme la distribution, ou la répartition du prix du livre, sont sensiblement similaires à la France ou au reste de l'Europe.

 
Apparaître à l'international
 

C'est la première foire du genre pour Mehdi Moqiseh : sa maison a obtenu une place sur le stand collectif mis en place par l'organisation iranienne pour les foires culturelles, et 4 ou 5 ouvrages de la maison y sont présentés. L'objectif, pour les éditeurs iraniens, est plutôt d'acheter des droits de publication d'ouvrages étrangers.

 

 
Frankfurt Buchmesse
Sur le stand de l'Iran, à la Foire de Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

Le plus difficile, pour les éditeurs du pays, est d'être reconnu par leurs pairs : la Fédération des éditeurs iraniens, si elle existe, n'est pas très efficace en raison de son aspect non gouvernemental. Par ailleurs, l'Iran a longtemps refusé de rejoindre l'OMPI, ce qui n'a pas arrangé son image auprès des autres organisations ou des professionnels.

 

Enfin, y compris dans le cas d'un achat de droits étrangers, les éditeurs du pays restent attentifs aux contenus. Les éditeurs préparent leur voyage en examinant les catalogues des maisons d'édition proches de la leur, étudient les titres absents de l'offre nationale, et concluent ensuite les deals directement avec les éditeurs étrangers. 

 

Néanmoins, il faudra toujours se plier à la règle de l'envoi d'un PDF au ministère de la Culture iranien, lequel décidera seul des éléments à modifier, supprimer, ou même du droit de publier tel ou tel titre.

 

 

Iran : Un marché de l'édition diversifié, mené par des passionnés, par Jeremy Rozier

Par Jeremy Rozier, du CESAN