Iran : un professeur aurait été arrêté pour avoir posté une caricature du Guide suprême

Joséphine Leroy - 11.03.2016

Edition - International - Iran caricature censure dessin - ayatollah pouvoir - professeur


En Iran, relayer une caricature d'un ayatollah peut vous coûter la liberté. Un professeur aurait été mis en détention pour avoir posté une caricature du « Guide suprême », titre officiel d'Ali Khamenei, sur un réseau. La caricature a été dessinée par le caricaturiste Mana Neyestani, précédemment emprisonné par le régime en 2006. Une information à prendre avec des pincettes toutefois, la source principale étant l'organe officiel du régime. 

 

Iran Fire Festival چهارشنبه سوری

Noure Azadi (CC BY 2.0)

 

 

Le professeur, enseignant à l'Université du Sistan et du Baloutchistan (sud-est de l'Iran), aurait publié la caricature en question sur la plateforme Telegram. Réunissant des professeurs de l'Université, ce groupe interne porte le nom assez ironique de « dialogue libre entre professeurs ». Il y aurait 59 membres. 

 

Les services de renseignement des Gardiens de la Révolution, une organisation de l'État par ailleurs placée sur la liste officielle des organisations terroristes des États-Unis, auraient repéré les agissements du professeur. 

 

Mana Neyestani, le caricaturiste, s'était exilé en France pendant les émeutes des Azéris qui avaient été déclenchées par un de ses dessins en 2006. Il est l'auteur de Métamorphose iranienne, dans lequel il relate son séjour en prison. 

 

Manuel du parfait réfugié politique, Mana Neyestani - Salon du Livre de Paris 2015

Manuel du parfait réfugié politique de Mana Neyestani au Salon du Livre 2015

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

En matière de censure, le pouvoir iranien n'en est pas à son premier fait d'armes. 

 

En juin 2015, la jeune artiste iranienne Atena Farghadani avait été condamnée à 12 ans et 9 mois de prison pour un dessin où elle caricaturait les membres du Parlement iranien avec des têtes d'animaux, dans la droite lignée de l'histoire de la caricature. Accusée de porter atteinte à la « sûreté de l’État », d'« outrage » et de « propagande contre le régime », sa peine risquait d'être prolongée dans un autre cadre, celui de l'atteinte aux bonnes mœurs (« relations sexuelles illégitimes » et « conduite indécente »). Et pour cause, elle avait osé serrer la main de son avocat. 

 

Une autre fois, en mai 2012, c'était un patron de chaîne tunisien qui devait verser 1 200 € d'amende pour « trouble à l’ordre public » après la diffusion non expurgée de Persepolis, de Marjana Satrapi. 

 

Le dessinateur Mahmoud Shokraieyeh, quant à lui, avait été condamné à 25 coups de fouet. Dans un de ses dessins, il avait caricaturé un membre du Parlement. 

 

La liste non exhaustive des caricaturistes accusés ou condamnés ne saurait faire oublier la soif de liberté d'expression des Iraniens, malgré la censure. Ils développent tout de même une culture de la caricature.

 

Mais le danger serait de tomber dans une caricature partielle. La caricature iranienne est prise entre deux feux. Parallèlement à la révélation de véritables talents de la caricature, des concours organisés sur des thèmes comme celui de la Shoah (en 2006) peuvent rendre perplexes. Mais ce concours, sous couvert de liberté, reste ambigu : critiquer la politique israélienne en caricaturant la Shoah n'est peut-être pas la meilleure manière d'en construire une légitime politiquement. 

 

Modernité à l'International, conservatisme à l'intérieur du pays. La position de l'Iran se complexifie, dans le contexte de la levée des sanctions économiques initiée par les États-Unis et l'Union européenne. 

 

L'information sur l'arrestation du professeur a été diffusée le 1er mars 2016 par le journal SNN, organe d'information officiel du régime iranien. Dans le cas présent, il faut faire la part entre communication et information. 

 

(via CSDHI et SNN