Irlande : 'la censure la plus féroce en littérature' de ce côté du rideau de fer

Nicolas Gary - 28.10.2013

Edition - International - censure - Irlande - livres


Au cours du XXe siècle, l'un des régimes de censure le plus strict en Europe interdisait des ouvrages comme ceux de John Steinbeck ou Graham Greene. Il ne fallait pas aller bien loin pour le trouver : cela se passait en Irlande, ou le Conseil de Censure des Publications sévissait régulièrement. Mais depuis 1929, son pouvoir semble s'être dégradé...

 

 

Pas plus Internet que les livres d'ailleurs

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L'Independent explique en effet qu'au cours de sa triste carrière, cette institution s'en est également prise à des milliers d'autres auteurs, comme James Joyce, Brendan Behan ou Scott Fitzgerald. À l'apogée de son pouvoir, Robert Graves, poète et romancier, fils de l'écrivain Alfred Perceval Graves, parlait de « censure la plus féroce en littérature, de ce côté du rideau de fer ». 

 

Parmi les premiers titres interdits, celui d'Aldous Huxley, Point Counter, et The Well of Loneliness, de Radclyffe Hall. Tout ouvrage ayant trait à la sexualité et au mariage, ou au droit des femmes voyait bien entendu s'abattre le couperet. Un seul mot suffisait d'ailleurs pour mettre à l'index n'importe quel titre : obscène. 

 

Or, le porte-parole du parti Fianna Fáil (parti républicain), Niall Collins, vient de déposer une motion pour mettre un terme à « un organe superflu, archaïque, qui n'a plus d'intérêt depuis 2008 ». Et le fait qu'aucun nouveau membre ait été nommé depuis 2011 montrerait que le conseil a simplement survécu par paresse, dans un monde où internet contourne tous ses domaines de compétences. 

 

C'est que, depuis 2000, huit ouvrages, y compris celui du ministre de la Justice, Alan Shatter, son premier roman, paru en 1989 et réédité en juin dernier, ont été retoqués. Sauf que finalement aucun d'entre eux n'a été réellement censuré. Toutefois, huit ouvrages concernant l'avortement sont toujours interdits dans le pays. 

 

Selon M. Collins, un pareil niveau d'inactivité au sein du conseil, montre que ce dernier a complètement disparu, et qu'il « est aussi mort que le perroquet dans Monty Python ». La comparaison ne vaut pas raison, mais aura au moins le mérite de faire sourire.