Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Isabel Allende se heurte aux intégristes de la littérature policière

Antoine Oury - 14.02.2014

Edition - International - Isabel Allende - Ripper - roman policier


L'auteure Isabel Allende vient de publier un nouveau livre chez Harper Collins, et elle n'a pas rangé sa langue dans sa poche à l'occasion de la période de promotion. Invitée par NPR pour parler de l'écriture de Ripper, elle a expliqué que le roman était une « blague » qui ciblait la littérature de genre. Elle a également souligné qu'elle n'était pas fan des romans policiers, ce qui a provoqué le courroux des lecteurs.

 


Eduardo Frei e Isabel Allende

Isabel Allende et Eduardo Frei, l'ancien président de la République du Chili, en 2010

(Eduardo Frei Ruiz Tagle, CC BY 2.0)

 

 

La journaliste Arun Rath, intriguée par l'écriture de ce roman policier alors qu'Isabel Allende avait annoncé sa retraite en 2011, a posé la question qui a tout déclenché, en interrogeant l'auteure sur ses motivations et son approche des codes inhérents au genre. « Disons que le livre est une sorte de blague. Il est très ironique. Et je ne suis pas une fan des romans policiers. Pour me préparer à l'écriture du roman, j'ai donc lu les romans les plus vendus de 2012 », explique Allende pour commencer sa réponse.

 

Elle s'est évidemment tournée vers les romans scandinaves, particulièrement bien vendus en librairie : elle a compris qu'il était impossible pour elle d'écrire de tels romans, « trop horribles, trop violents, trop sombres ». Allende a donc choisi d'échafauder un mystère conforme aux attentes des lecteurs, mais d'y intégrer des personnages à l'opposée de ceux en vogue dans les romans cités.

 

Les réactions ne se sont pas fait attendre : McKenna Jordan, de la librairie Murder by the Book, à Houston, avait commandé 20 exemplaires de Ripper, qu'elle a immédiatement renvoyé après avoir entendu l'interview sur NPR. Même réaction du côté de Charlaine Harris, auteure de la série The Southern Vampire Mysteries, mieux connue sous le nom de la série qui en a été tirée, True Blood.

 

« Elle a pensé qu'elle pouvait écrire un roman policier comme "une blague". Je ne veux pas placer des mots dans la bouche d'Isabel Allende, mais cela se traduit pour moi par : "Je suis tellement "littéraire" qu'accepter d'écrire un roman "de genre" est incroyablement amusant"... » écrit Harris sur son site officiel. Jordan, de son côté, rappelle que les lecteurs de romans policiers terminent 3 à 5 livres par semaine, et connaissent des auteurs, comme Kate Atkinson, Tana French ou Gillian Flynn, qui s'affranchissent des codes sans pour autant rabaisser les lecteurs...

 

Erin Mitchell, une spécialiste de la promotion des livres, s'est aussi fendue d'un billet pour dénoncer l'attitude d'Allende...

 

En somme, tu préfères que je te mente ou que je te fasse de la peine ?

 

(via Publishing Perspectives)