Israël engagé dans un festival littéraire, les auteurs montent au créneau

Clément Solym - 18.04.2016

Edition - International - Israël Palestine - ambassade écrivains - auteurs contestation


Le Pen American Center vient d’être violemment pris à parti par des auteurs désespérés de constater la politique de soutien à Israël. De nombreux auteurs et autres organisations demandent au PEN de rejeter le parrainage du gouvernement israélien pour le prochain World Voices Festival. Pour les signataires, une contradiction fondamentale existe entre les enjeux que défend le PEN et des supposées violations des droits de l’Homme par l’État d’Israël. Moralité, pétition.

 

L'auteur BD Maximilien Leroy interdit de séjour en Israël, par Arthur Poidevin

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Plus d’une soixantaine d’auteurs ont signé, dont certains sont d’ailleurs membres du PEN et/ou lauréats de prix que décerne l’organisation. Une douzaine d’associations a également tenu à s’associer pour dénoncer l’état de fait.

 

« Compte tenu de la mission du PEN American Center que de soutenir la liberté d’expression, il est profondément regrettable que le Festival ait choisi d’accepter le parrainage du gouvernement israélien », peut-on lire dans le courrier. Le tout est suivi de nom comme John Maher, Alice Walker, Junot Diaz ou encore Richard Ford, les trois derniers ayant été couronnés par un Prix Pulitzer. 

 

« Nous appelons le PEN American Center à ne pas collaborer avec le gouvernement israélien et autres institution complices tant qu’Israël n’aura pas rempli ses obligations en vertu du droit international et reconnu le droit du peuple palestinien à vivre en pleine égalité et en toute liberté dans leur pays d’origine. »

 

Et de souligner qu’à plusieurs reprises, le PEN s’était érigé contre des attaques qu’Israël portait sur la Palestine : que ce soit la détention de l’écrivain Ahmad Qatamesh en 2011, ou l’assaut qui dura une cinquantaine de jours, en 2014, et fit plus de 2100 morts, dont 500 enfants.

 

En outre, Israël avait refusé l’entrée de la romancière américaine Susan Abulhawah, originaire de Palestine ainsi que celle de l’écrivain afro-américain Kristian Davis Bailer. « Tous ces incidents font partie d’une tendance plus large de répression systématique par Israël des artistes palestiniens et des travailleurs culturels ainsi que de la mise au placard des voix qui soutiennent les droits des Palestiniens », poursuit le courrier. 

 

Ainsi, Geoff Dyer explique que le gouvernement israélien utilise délibérément « les arts et la culture pour détourner l’attention de sa répression du peuple palestinien. La participation des écrivains israéliens est la bienvenue, mais sans le parrainage de leur gouvernement ».

 

La déclaration de non participation à des boycotts culturels

 

Le Festival qui doit se tenir du 25 avril au 1er mai n’avait certainement pas besoin d’une publicité comme celle-ci. Mais les signataires sont par ailleurs très clairs : il ne s’agit en aucun cas d’appeler à boycotter les Israéliens en tant qu’individus, mais de condamner les exactions d’un État contre un autre, lequel « nie systématiquement la liberté d’expression palestinienne, en toute impunité ». 

 

Le PEN n’a pas encore officiellement réagi à ce courrier, mais on trouvera certainement sa défense dans une déclaration datant de 2007. En juin de cette année, le PEN appelait pour sa part à rejeter toute tentative de boycott, tant académique que culturel, attendu que ces derniers nuisent à la liberté d’expression « tant dans le pays ciblé que dans le pays où le boycott est pratiqué ». 

 

Et d’ajouter que le PEN est une organisation fondée sur le principe de la libre circulation des idées au sein de chaque nation, et entre les nations mêmes. Le tout en vue d’une coexistence pacifique, et d’une compréhension mutuelle des êtres. Difficile de déterminer si la présence de l’ambassade d’Israël dans le cadre de la manifestation World Voices Festival relèvera de ce que le PEN défendait alors.