Israël : intellectuels et auteurs rugissent contre la loi État-nation juif

Nicolas Gary - 31.07.2018

Edition - International - Etat nation Israël - lettre intellectuels Netanyahu - auteurs Netanyahu contestation


La création d’un État-Nation pour le peuple juif passe très mal. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a beau défendre cette législation, les protestations sont importantes. Une lettre ouverte signée par des intellectuels, des auteurs et des artistes demande que tout cela cesse. 

 

Benyamin Netanyahu, painted portrait DDC_1558
Benyamin Netanyahou – thierry ehrmann, CC BY 2.0

 

Que la Knesset, la Chambre parlementaire israélienne, ait adopté le texte de loi, voilà qui révolte les intellectuels du pays. « Israël est maintenant défini comme un État-nation pour les juifs uniquement. Il s’agit d’une loi fondamentale, avec un statut quasi constitutionnel, qui autorise explicitement la discrimination raciale et religieuse, annule le statut de l’arabe comme langue officielle au côté de l’hébreu, ne mentionne pas la démocratie comme fondement du régime ni l’égalité comme valeur de base », écrivent les 180 signataires.

 

Une société de discrimination en route
 

Parmi eux, on retrouve Amos Oz, Avraham Yehoshua ou encore David Grossman, toujours en pointe sur les luttes sociales en faveur d’un apaisement des relations. Considérant la loi comme antidémocratique, elle contredit, poursuivent-ils, la déclaration d’indépendance qui a fondé Israël. 

 

Notons que suite à l’adoption de la loi, une caricature a été réalisée par Avi Katz, présentant le député Oren Hazan, l’un des porteurs de ce projet, sous les traits d’un cochon – et d’autres avec lui. Pour cela, le journal qui l’employait l’a purement et simplement renvoyé. 

 

Par ailleurs, la législation porte atteinte à la loi sur le recours à une mère porteuse – qui permettait, y compris à une femme célibataire avec des difficultés médicales, d’en bénéficier. Désormais, les hommes célibataires sont exclus, de même que les couples homosexuels. Arabes chrétiens et musulmans et d’autres communautés se verront refuser une pareille demande. Autant de points qui « violent les droits de la communauté LGBTQ à la parentalité ». 

 

Notons que les Arabes israéliens représentent aujourd’hui 20 % de la population – plus globalement, on compte 1,8 million de citoyens non juifs, qui seraient concernés par la loi. 

 

La détérioration minutieuse de l'État par l'État
 

Attaquant les minorités, le texte législatif poursuit une démarche, indiquent les signataires, que le Premier ministre et les gouvernements ont mise en place.

« [Vous] avez constamment érodé les fondements de notre pays démocratique juif. Vous avez détérioré les relations entre Israël et la communauté juive américaine. Vous avez condamné des populations entières à la pauvreté et des difficultés constantes. Vous avez sciemment et délibérément endommagé le système éducatif israélien, la diplomatie publique, la culture, et l’économie, et la défense et le bien-être. »

 

De quoi aboutir à une destruction de la société israélienne, mais plus grave encore : les valeurs d’égalité et de responsabilité mutuelle sur lesquelles repose la société elle-même sont en péril. 

 

Les auteurs refusent de plus en plus
de vendre leur livre en Israël
 

 

« Nous exigeons que vous abrogiez immédiatement la loi d’État-nation », indiquent-ils. « Nous vous en prions : empêchez les membres de votre gouvernement et de votre coalition de flageller les minorités qui constituent la mosaïque colorée qu’est notre société israélienne et aidez à garantir leur existence. »

 

Dans les faits, la loi n’accorde le droit à l’autodétermination qu’aux juifs. Benyamin Netanyahou, le Premier ministre, a pour sa part considéré qu’il s’agissait là « d’un instant capital dans les annales du sionisme et l’histoire d’Israël ». 


La révolte contre le texte vient de partout : Yuval Noah Harari a récemment refusé de se rendre au consulat d’Israël, à Los Angeles, en signe de protestation. L’auteur de Sapiens. Une brève histoire de l’humanité (traduction Pierre-Emmanuel Dauzat, Albin Michel) faisait ici directement suite au courrier des intellectuels du pays. 

 

On peut en trouver la version traduite en anglais à cette adresse.




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