Israël : l'évolution du marché du livre, après la loi Prix unique

Clément Solym - 27.02.2015

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Racheli Edelman, éditrice en Israël, vient de remettre un rapport sur l'incidence de la législation, promulguée le 13 juillet 2013. Après deux années particulièrement mauvaises dans le pays, et des difficultés structurelles, la législation a-t-elle apporté une plus grande stabilité ? Entrée en vigueur en février 2014, les premières incidences se font ressentir.

 

 

 Racheli Edelman

 

 

Le marché n'a commencé à profiter des effets de la loi qu'à partir du mois de septembre 2014, assure Racheli Edelman. « Au début, on a constaté un ralentissement du marché », explique-t-elle. Puis les affrontements ont repris à Gaza, et la chaîne Steimatzky s'est presque retrouvée en faillite. Les nouveaux propriétaires ont contraint la plupart des éditeurs à radier près de 30 % des dettes accumulées.

 

Avant la législation, 66 % d'une des chaînes de librairies étaient détenus par deux éditeurs. Après, rien n'a changé, mais cette force de concentration a été mise à mal. Les maisons s'appuyaient sur leurs surfaces de vente pour valoriser leur catalogue, chose que les dispositions légales ont modifiée. La loi exige en effet que les chaînes affichent des livres en provenance d'au moins sept maisons.

 

Durant les 18 mois qui suivent la publication du livre, l'éditeur impose donc un prix, et les discussions avec les librairies sont revues chaque année. Exactement comme pour la loi Lang en 81, la conséquence de la loi est de protéger et favoriser les librairies, contre les revendeurs qui pratiquent des remises excessives. « Nous aurons un nouveau gouvernement après les élections de mars, et l'association des éditeurs fera pression pour modifier la loi et limiter le montant du rabais que les chaînes peuvent exiger d'un éditeur », souligne Racheli. 

 

Désormais, les livres jeunesse se vendent mieux que les titres adultes, qui souffrent d'une grande variation des prix. Les livres scolaires et parascolaires n'ont pas bougé, parce qu'ils n'étaient pas soumis à cette guerre des prix. 

 

Alors que les librairies indépendantes ont presque entièrement disparu, « nous espérons que dans un an ou deux, la situation s'améliorera du fait de la loi sur le prix unique du livre, et qu'il fois que le marché se sera stabilisé, de nouvelles librairies indépendantes s'ouvriront ». 

 

Quant au marché du livre numérique, il est toujours balbutiant, note-t-elle. Plusieurs raisons, mais la première vient de la langue hébraïque, qui pose des soucis pour le format EPUB. En parallèle, le public est encore réticent à adopter le numérique, et les parts de marché restent toujours, peu ou prou, inférieures à 1 %. 

 

Reste à consolider le droit d'auteur, alors même que le droit israélien contient la notion de Fair Use, propre au droit américain, « ce qui affaiblit la position des éditeurs ». Le piratage s'opère alors majoritairement dans les écoles et les établissements universitaires, « qui scannent et photocopient sans permission, ni verser aux ayants droit de redevance. Les tentatives pour parvenir à un accord avec le ministère de l'Éducation ont échoué ».

 

Les éditeurs avaient poursuivi en justice, pour contrefaçon, l'université Hébraïque, et obtenu gain de cause, jusqu'en 2017. (via IPA)