Israël : L'humiliation des livres soldés pour les auteurs

Clément Solym - 18.06.2012

Edition - International - Israel - prix unique du livre - législation


Les auteurs israéliens donnent de la voix pour attirer l'attention sur l'industrie du livre dans le pays. Une véritable bataille les oppose aux deux grandes chaînes de librairies, qui, selon les écrivains, cassent les prix des livres, avec un impact immédiat sur les droits versés. Actuellement en cours de discussion, une loi devrait sous peu être adoptée par le Parlement, d'autant plus que le groupe qui la défend a reçu le soutien de ministres du gouvernement et celui, direct, de Benjamin Netanyahou.

 

Nous l'évoquions dans un article la semaine passée : les auteurs réclament des droits d'auteurs de 8 %, pas moins, pour leurs ouvrages. « Je pense que cette loi permettra au public israélien de bénéficier d'une littérature israélienne en hébreu, de qualité et diversifiée. Cela n'est possible que si les écrivains et les poètes reçoivent une juste rémunération pour leur travail » a expliqué la ministre de la Culture et des Sports, Limor Livnat. (voir notre actualitté)

 

 

Childrens Books at the Haifa Book Fair

Pleasant Valley (Flickr)

 

 

Or, pour le peuple du livre, la culture littéraire compte également pour une très grande part. Avec 6302 nouveautés produites l'an passé, dans un pays qui compte moins de 8 millions de personnes, Israël dispose d'auteurs d'envergure internationale, comme Amoz Oz, régulièrement évoqué pour un Nobel de littérature, ou David Grossman, qui mériterait, lui, un Nobel de la Paix…

 

Cependant, les jeux de concurrences qui opposent les deux chaînes de librairies, Steimatzky et Tzomet, causent la ruine des sommes perçues par les auteurs. Si les clients sont plutôt friands des remises qui cassent le prix de vente publique des oeuvres, les auteurs établis, contrairement aux jeunes qui semblent plus en profiter, protestent contre cet état de fait. « En tant que peuple du livre, nous nous sommes engagés à maintenir le revenu des auteurs qui produisent nos trésors culturels », a assuré le premier ministre dans un communiqué. 

 

En France, la loi sur le prix unique du livre, et depuis peu, sur le livre numérique, a marqué le commerce du livre, en sanctifiant les oeuvres. L'Allemagne ainsi que le Mexique, ont également adopté de longue date des lois similaires, qui préviennent toute tentative de discount sauvage, comme aiment à le pratiquer les marchands américains. 

 

Mais pour Israël, le problème devient simple quand ont comprend que 80 % des ventes de livres sont réalisées par les deux grandes chaînes. Un peu comme si Fnac et Virgin avaient la main mise totale sur le commerce des livres, avec la possibilité de n'en faire qu'à leur tête… Amnon Ben-Shmuel, président de l'Association du Livre en Israël assure que « la concurrence entre les deux principaux libraires est un sérieux problème. Les auteurs en ont marre de travailler gratuitement ». Alors cette nouvelle législation, c'est un peu le Messie qui n'a jamais pointé le bout de son nez, pour le secteur de l'édition. 

 

Oz et Grossman se sont opposés fermement aux remises sur les livres : « Nous ne pouvons plus prendre part à cette humiliation de voir nos livres soldés, en particulier pour nos travaux, mais plus généralement pour la littérature hébraïque. »

 

Si le prix de vente des ouvrages papier est au coeur de la controverse, qu'en sera-t-il lorsque que le livre numérique aura pris pied dans le marché ? Pour Amnon Ben-Schmuel, « tout ce qui nous importe, c'est que les gens lisent plus de livres. Nous ne nous préoccupons pas de savoir s'ils sont numériques ou traditionnels ».

 

Le projet de loi instaurant un prix unique du livre devrait être approuvé dans le courant de ces prochaines semaines, selon le calendrier législatif. Antoine Gallimard se réjouissait dernièrement de ce grand pas pour l'édition sur place.