L'affolante chute des ventes de livres neufs en Israël

Nicolas Gary - 03.06.2015

Edition - International - Israël livres - prix unique - Knesset députés


Au début du mois de juin, la semaine du livre hébraïque offre aux libraires, éditeurs, auteurs et lecteurs d’Israël de profiter d’un moment spécifique, autour des livres. Cette année, la manifestation se déroule du 3 au 13 juin. Or, si s’ouvre la plus grande librairie du moment, le prix des livres, depuis la loi de février 2014, semble freiner les ventes.  

 

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Miri Regev, ministre de la Culture

 

La Book Law, adoptée en novembre 2013 et promulguée l’année suivante, a pour mission de réglementer le prix de vente des ouvrages. De quoi assurer des revenus plus importants pour toute la profession, auteurs y compris. Pourtant, si les lecteurs ne disposent plus des remises et autres opérations de promotion passées, le nombre de ventes serait en chute libre. 

 

Un an et demi après la promulgation de la législation, en Israël, les ventes de livres neufs auraient chuté de 35 %. Yoav Kish, de la Likoud (parti politique à tendance nationaliste), affirme que « la législation a porté un coup sévère au marché du livre, créant une situation absurde, où l’intervention législative a frappé un marché concurrentiel et prospère ». 

 

Il n’y va alors pas par quatre chemins, et propose l’abrogation de l’actuelle loi. Cette dernière interdit de pratiquer des promotions sur la vente des livres, au cours des 18 mois qui suivent leur commercialisation. Or, durant la Semaine du livre hébraïque, logiquement, ces réductions reviennent, et sont alors tout à fait légales. Retour, donc, des 2 livres achetés, le troisième offert ? Même pas.

 

Pour Kish, l’abrogation de la loi « est une étape nécessaire qui fera diminuer le prix des livres pour le grand public, et offrira aux éditeurs plus de flexibilité, tout en accordant plus de place aux jeunes écrivains débutants [...] grâce à une augmentation des ventes ».

 

La situation actuelle « est inacceptable », d’autant plus que la loi a en effet supprimé des campagnes populaires de livres offerts pour un certain nombre acheté. « Avec l’annulation de la loi, la situation reviendra à la normale », garantit le député. (via Israel Nation news)

 

Un commission pour réformer la législation

 

Depuis plusieurs mois, le prix plus élevé des livres fait vivement réagir, même les professionnels, inquiets de ce que les ventes fondent à vue d’œil. Roni Modan, de Modn Publishing House affirmait en janvier dernier que « la loi a été mauvaise pour tout le monde. Les libraires me disent que six personnes rentrent dans la boutique, chacune demande les nouveautés, protégées légalement, et toutes ressortent sans avoir acheté le moindre livre ». 

 

Et ces témoignages se multiplient, au point que l’on assiste même, pour les nouveautés, à des diminutions de 40 à 60 % des ventes, et de 20 % sur l’ensemble des ouvrages en librairie. « Peut-être que ce n’était pas l’intention des personnes avisées qui ont conçu ce projet, mais voilà les résultats », estime Eran Zamora, copropriétaire du groupe d’édition Kinneret Zmora-Bitan Dvir. (via Haaretz)

 

Sur la toile, les billets se multiplient pour dénoncer une loi qui apparaît comme inutile, « idiote », peut-on lire sur des blogs dédiés à la lecture. 

 

La nouvelle ministre de la Culture, Miri Reguev, aurait proposé la constitution d’une commission chargée de réformer la législation. Depuis Facebook, elle assure tenir particulièrement à l’équilibre entre la rémunération des auteurs, et la viabilité des maisons d’édition. À l’occasion d’une intervention à la Knesset, elle a répété que « l’équilibre entre le prix du livre et la protection des auteurs importe, pour qu’ils puissent avoir plus de lecteurs ».

 

Devant les députés, les écrivains et représentants d’organisations réunis, elle assure que cette Semaine du livre hébraïque doit être l’occasion pour les citoyens d’accéder aux livres. « Les gens ont besoin de livres qui soient proposés à des prix populaires. »

 

« Nous sommes en pleine Semaine du livre et je dois avouer que je suis inquiète de voir de moins en moins de gens se précipiter sur les étalages des boutiques spécialisées. Il faut réformer la loi en cours pour pouvoir préserver l’équilibre entre le portefeuille du lecteur et celui de l’écrivain. » Les travaux de la commission auront fort à faire...

(via Israpresse)